Les égarés reviennent toujours, portés par les intempéries ou le tumulte de jours trop courts : une sélection d'albums de saison que l'on exhume, et qui n'a jamais cessé de nous faire palpiter dans l'ombre.
Self Defense Techniques
Dry Socket
Les phalanges craquent et les dents se déchaussent, la moiteur du sang qui se déverse sur les corps gesticulants asperge tout. Les visages bouffis et bigarrés de tuméfactions s’agitent frénétiquement alors que ça hurle fort dans les oreilles. Un album haut en chaleur qui devient le manuel adéquat pour apprendre à fracturer correctement la mâchoire de l’oppression, et broyer ses os jusqu’à la moelle.
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Spring Forward
Florence Road
La lumière a traversé les volets fermés, elle déploie ses bras autour de la pièce comme une invitation. Elle a trouvé le chemin pour nous attirer dehors, extirper nos corps apathiques et les agiter sous un soleil vivifiant. Florence Road offre, en ce début de printemps, un hommage à la luminosité et à son effervescence, avec toute l’émotion féroce, flamboyante qui les caractérise et compose cet EP au rayonnement solaire et apaisant.
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The Change Is Me
Doodseskader
Un toujours changeant orchestre clame haut et fort ses couleurs à travers une dimension en plein effondrement. Des masques de verre, une photo enfumée, et des étoiles artificielles à court d'alimentation, Doodseskader relègue ses précédentes expérimentations pourtant déjà diverses à un état protozoaire. Une nouvelle porte s'ouvre, devient 45 dans les reflets des miroirs qui nous sont tendus, autant de métamorphoses encore à venir pour le duo, toujours aussi déjanté que le tourbillon de couleurs et d'émotions qu'ils amènent avec ce nouvel album. Ils confirment encore et toujours la certitude qui nous ramènent à eux: Le changement, c'est eux.
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Life and Other Horrors
Paisaunt
À la recherche de sens dans un univers chaotique, Paisaunt livre une anthologie poétique sur fond de black’n’roll. Au cœur d’une nature omniprésente s’épanouit une musique crue et pourtant atmosphérique, qui érige la quête personnelle en rempart contre le désespoir. Un hommage à l’absurde, en noir et blanc.
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Dissimulation
Gif From God
Gif From God titille les failles algorithmiques du grand architecte terrestre. Ici, Dieu est Data, et la Terre un grand glitch qui pop en stroboscope dans l’écran basse résolution de la toile cosmique. Comme un malware malicieux circulant en loop désarticulée, Dissimulation érupte constamment. Le son est geignard comme du mathcore caféiné à l’emoviolence extralucide. Il émane d’une puce encroûtée de désillusions bien américaines. Encodé à l’arrache, le tout s’avère dantesque. Voila que l’on scrolle d’un titre à l’autre, jamais repus de breaks sauvages, de claquements illogiques. Mais attention, tout reboot de disquette risque de vous être fatal.
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...Beginning of the end
Portrayal of Guilt
Une zone industrielle, colosse qui semble écraser tout ce qui l'entoure. Le black metal de Portrayal of Guilt n'y échappe pas: il se tord, se débat, ultimement plie a une noirceur encore plus intense que celle qui l'habitait déjà. En ressors un être presque indiscernable, mélange de ses visions passées et des restes de terre incrustée dans ses cicatrices. Sous l'ombre d'une église en ruine, il déblatère des masses de son opaque aux relents d'un nu metal à vif, les couleurs alentour depuis longtemps disparues, ayant servies à nourrir le désespoir de monstres d'acier maintenant rouillés et abandonnés par le temps.
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Jessie Mazin
Une introspection entre l’éveil et le songe, où se superposent les reflets de l’eau sur la peau. Nous sommes guidés entre les pixels par des lignes de voix éblouissantes, dont la délicatesse et la subtilité rendent ce premier EP si ensorcelant. Une guitare insomniaque tente de se reposer sur un lit numérique, avant d’entonner la balade qui nous fera regretter jusqu’à l’existence même du réveil.
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Det hjemsøkte hjertet
Panopticon
Une nouvelle traversée signée Panopticon, sur les terres enneigées du Minnesota.
Derrière cette ode à la nature se cache les tourments de l’ère moderne. Mondes intérieur et extérieur avancent en parallèle : âmes solitaires et nostalgiques, érosion culturelle et climatique.
Mais au-delà des lamentations, une lueur persiste. Un message parvient à se frayer un chemin à travers les tempêtes :
Ne laissez pas votre feu s'éteindre.
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Nocturnes
Angellore
Comme revenu d’une douce nuit d’automne, Angellore drape d’un filet d’or nos rêveries surannées. Nocturnes est une évasion romantique, portée par un doom atmosphérique brodé d’influences gothiques. S’y déploient une nature nimbée de magie — une mélancolie drapée de poésie. Laissez-vous dériver vers les élégants rivages d’un temps oublié…
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Ascent Effort
Rhododendron
Prenez-vous à rêver d’un assemblage méticuleux de math-rock pernicieux, de noise rock sec et d’un soupçon de post hurlé. Stoppez tout, tendez l’oreille : l’enchevêtré Rhododendron exauce la sauce, ravive le tonitruant troquet des underground nineties empoussiérées ! Si Ascent Effort ne vous provoquera pas d’angine du poitraille, sa dysrythmie taciturne et crevassée retirera toute vicissitude à votre esprit déjà embrouillé par tant de vapeurs extériorisées.
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Legatum mortuorum
Desiccation
La liturgie de la putréfaction qu’invoquent les âmes sombres du glaviot humain pourrait trouver sa hargne dans le monolithe de Desiccation. Legatum Mortuorum déssèche effectivement l’espoir, réduit l’esprit curieux dans un distillat de doom noirêatre à l’ambiance tranchante. Sous les plaintes fatidiques de la chanteuse Soell Bratt, une triste grandeur nous isole soudain de la lumière de nos congénères : happés par le sucre d’encens métalliques, on s’est retrouvés piégés dans cette crypte granitique. Sous les entailles du son, aucune lamentation n’échappera.
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And the Firmament Will Burn to Quench the Pain of This Earth
Downfall of Nur
Dix ans après Umbras de Barbagia (2015), Antonio Sanna reprend, sous l'appellation Downfall of Nur, la cape de ses ancêtres pour continuer à tisser la fascinante mémoire de la mythologie Sarde. La double figure féminine de la Déesse Mère et des mères humaines transcende ici son black metal atmosphérique. 4 pièces-fleuves inondent le paysage de leur puissante beauté, tandis que de nombreux narrats folkloriques réhaussent le contexte, replaçant la fureur dans l’épaisseur de l’histoire. L’album est offert comme le témoin symbolique d’une mémoire païenne intimement liée à la Sardaigne, aux humains - à ce pont écroulé entre terre et âmes. Là bas, le temps s’écoule, les divinités écoutent, et comme elles, nous nous émouvons.
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The Sun Turned Black
Aho Ssan
L'astre natal s'est obscurci sous mes pas. Mon nom est Désiré mais cette terre ancestrale d'Afrique me fuit pourtant, comme m'échappe mon pays d'exile, rance France. Je suis Aho Ssan le quêteur, orphelin de moi-même. En moi, la clarté aveuglante des origines se débat une nouvelle fois. The Sun Turned Black, en écho de mes tensions et témoin de mes ruptures, devient la tapisserie sensorielle de ma quête d'existence. Le souffle des nappes de drone, le remugle des abats post-industriels, la grâce synthétique qui croît puit divague en vagues alarmes ... une fois encore, mon son devient le champ d'expérimentation de ma détresse organique. Je m'y dissous chaque fois davantage, et pourtant, tout autour de moi résonne le cri d'une ultime liberté. L'union retrouvée ?
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Trauerlärm
Nidelgret
Le vacarme du vide est la force avec laquelle frappe le hargneux black metal de Nidelgret. Les cris résonnent dans des enchevêtrements d'influences venues de partout, telle une rivière de larmes lançant ses embranchements à travers une contrée déchue. Si le titre de cet album donne une voix au deuil, ses nombreuses formes se traduisent en ses morceaux: la solitude amenée par l'obscurité de la nuit, le silence du manque, les craquements digitaux d'une photo perdue dans les tréfonds d'un disque dur corrompu.
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Rheia (Redux)
Oathbreaker
Le remaster de l'album emblématique de 2016 qui aura fait toute la légende d'Oathbreaker. Dix ans plus tard, toujours aussi âpre, cru et émouvant. La performance vocale de Caro Tanghe tout au long de l'album a été captée en prises uniques, reflétant à chaque morceau l’instantanéité de sa magnifique fragilité, avec une sincérité et une justesse inégalées. Le groupe revient sur scène cette année après avoir annoncé une tournée de quelques dates en Europe, pour propager dans la confidence, la stupeur et l'affliction.
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Stenahoria
The Fifth Alliance
Une source de vulnérabilité jaillit hors de tes tempes; elle puise ses ressources dans le limon de ta complexité humaine. Le chagrin, la peur, l’enfermement en découlent goulument : tu ne connais que trop bien ces sceptres émiettés de l’existence, qui abreuvent ta conscience. En toile de fond, The Fifth Alliance laisse libre-court à la folie rugissante de son sludge atmosphérique. Souillés de deuils noirs, les rythmes effrénés, les soupirs alourdis, le cri dans la forme de Natalya Thelen… tout n’est que pur éclat d’un malaise défigurant.
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A Tranquil Void
Urzah
Un voile mémoriel déchire l’univers. Urzah continue de créer dans l’adversité, en alchimiste d’intimes tourments oniriques : la trame atmosphérique du précédent album, The Scorching Gaze (2024), que j’avais chroniqué sur la version papier, laisse place à davantage de conflagrations spontanées. Une influence hardcore se mêle aux labyrinthes du sludge, la rage surgit du silence, l’émotion lasserre. Une nouvelle fois, Urzah moud le coeur du vide - presque tranquillement.
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Le Châ
Lutèce Lockness
Lutèce Lockness incarne le Châ et en invoque, à travers ses bonds et ses gesticulations, une interprétation musicale toute particulière. Entre baroque et folklore, un album psychédélique à la singularité envoûtante, profondément mystique, aussi surnaturel que sa créaturice. Les incantations se mêlent au bouzouki et, portées par des nappes médiévalo-électroniques, frôlent le rêve de fièvre récréatif.
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QUIDAM
No Vale Nada
Se débattre quand surgit la débâcle : ça ne vaut rien. No Vale Nada expurge des fanges d’un capitalisme agonisant le cafard éclatant du quidam, cet inconnu qui, sous la gangrène de sa propre (et sale) vie, rampe, crie et rugit. Le post-hardcore survitaminé de QUIDAM décable la routine, brouille l’embrouille à coup de bruit blanc sur colère noir. C’est du haut désespoir, un mantra chaotique pour un Absolu crevé - et la rustine a été pommée.
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In Grief Or In Hope
Big Brave
Dans ce nouvel Opus du trio canadien, le minimalisme prends une forme plus grande que nature, bannissant le silence pour nous jeter dans les méandres d’indiscernables couches de guitares et de synthétiseurs, accompagnés des douces et déchirantes mélodies de la voix qui elle même sera happée par moment dans les bras d'éphémères mais puissantes textures. Les drones remplissent l'espace, ne laissant place au son d'une pensée, seulement au deuil et à l'espoir.
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Signal Fire
Genghis Tron
L’une des formations les plus expérimentales et créative du prog ressort un nouveau set de meca-porcelaine pour nous rincer les méninges d’un breuvage indescriptiblement génial. L’on s’était à peine remis de l’incroyable Dream Weapon (2021), que Genghis Tron émulsionne cyber-industrie et math-grind, dans ses fourneaux brûlants d’audace. Chaque parcelle sonore suinte l'alchimie d’un groupe dont la multiplicité d’influences passées, présentes et futures pousserait presque à l’irrespect. Signal Fire possède, comme ses trois ainés, cette capacité à composer l’émotion sans se soucier des étiquettes et des tendances - une forme de liberté bien rare. Nomade et Impérial, Genghis Tron trace sa voie, dans des signaux de feux.
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Thread
Ostraca
Le screamo du trio de Richmond est devenue référence, et la référence légende - surtout depuis un Disaster (2023) inoubliable. Comme sur la l’offrande du mini-album Eventualities (2025), Thread étire la postérité du rock, dilue le larsen, fait vrombir l’acoustique des guitares. En isolant la déchirure croustillante du punk dans des retranchements livides, il creuse un relief sinueux entre douceur rêveuse et éclats d’une violence sourde. Et c’est, là encore, sous la pâleur grise des caveaux, que brille son implacable évolution.
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