Ferrum Sidereum

Zu

Ferrum Sidereum
Zu
Date de sortie :
09 Jan 2026
Label :
House of Mythology
,
Lieu :
Rome
(
Italie
Italie
)
Chronique
Photo
Flo
February 3, 2026
Ferrum Sidereum
Zu
Date de sortie :
09 Jan 2026
Label :
House of Mythology
,
Lieu :
Rome
(
Italie
Italie
)

Rouille météoritique

Temps lointain. Un corps céleste est en chute libre vers une planète encore amollie par sa tendre jeunesse. Ventre de ferraille, cœur de sulfate, la comète couve en son sein la matière des prophéties à venir. Dans le fracas de sa collision, elle essaimera une croyance nouvelle, une religion en devenir - le culte du metal.

Il n’est pas vain de jouer avec les alliages de métaux et de mots pour s’immerger confortablement dans le narrat sonore de 80 minutes que s’apprête à déployer Zu. Le trio italien, s’il renoue bien avec les envolées de rock avant-gardiste et jazzy à souhait qui ont sculpté sa chair depuis Bromio (1999), martèle également son amour pour des sonorités métalliques brillamment éclatées, puis rassemblées dans une sorte de djent déviant où les cordes et les vents se fracassent en une communion fiévreuse.

La musique de Ferrum Sidereum, toujours instrumentale, sollicite le mental car elle est, effectivement, plus cérébrale que jamais, progressive, tribale, carrément cannibale dans sa propension à ne laisser aucun espace au hasard. La disposition des rythmiques tantôt déchainées comme une bastonnade de brutal prog, tantôt élancées comme un chat persan au regard transcendantal, mène à une sorte d’hébétude doublée d’accès d'ivresse - c’est un album qui se vit autant qu’il s’écoute. Dans une fascination parfois douloureuse, Massimo Pupillo (basse) noue ses riffs graves et gavés de grooves gras aux timbres saturés d’arômes free jazz du saxophone de Luca Mai. Dépourvue de guitare, la formation affirme toujours l'omniprésence de ses fondations qui, en basses fréquences vibrantes, prennent alors vie sous la palette impressionnante de Tomas Järmyr (drums).

Autour de ce fier noyau de fer, les morceaux foisonnent d’une vitalité punk torrentueuse, dont l’aura n’aura jamais parue aussi évidente : des monolithiques  « Charagma » / « Golgotha » / « Fuoco Saturnio » aux psycho-chamaniques « Kether » / « A.I Hive Mind », du monde-fracas « La Donna Vestita Di Sole  » au cinémato-morphique titre éponyme, la fusion des genres s’opère avec grandeur.  En près-fin de course, les plus nuancés et amples « The Celestial Bull and the White Lady » et « Hymn of the Pearl » amènent une pincée finale d’atomes à cette immense fresque où la décadence est profonde et primale, jamais absurde.

Lorsque s’éteignent les dernières étincelles ferreuses de la matière, on s’éveille un peu, et l’on admire une dernière fois, dans le trouble de nos souvenirs, ce sublime et tangible dépiautage de l’esprit.