Quan tot s'apagui

Syberia

Quan tot s'apagui
Syberia
Date de sortie :
30 Jan 2026
Label :
Moment of Collapse Records
,
Lieu :
Barcelone
(
Espagne
Espagne
)
Chronique
Photo
Flo
March 5, 2026
Quan tot s'apagui
Syberia
Date de sortie :
30 Jan 2026
Label :
Moment of Collapse Records
,
Lieu :
Barcelone
(
Espagne
Espagne
)

Catharsis Catalane

Tout est transitoire, même l’amour et la beauté, la fureur et le bruit, la souffrance et le mal. Au bout de cette piste, l'éternité seule brille d’une parfaite permanence.

Qu’appréhender encore, « Quan tot s'apagui » (Quand tout s’éteint) ? Au seuil de la vie, sur cette arête glacée parcourue trop prestement, le langage même se délite, lui qui est pourtant la pâte qui fait pousser nos pensées les plus enfouies - cette dernière sentinelle de la pensée, qui prédomine avant que ne surgisse la fin. Si Syberia décline ici sa sensibilité si tactile dans sa langue originelle, le catalan, c’est qu’il admet enfin que toute histoire est un conte qui se doit d’être créé puis partagé dans sa plus fine intimité. Sous une poésie des derniers soubresauts du monde, les évocations de ce cinquième don prennent l’apparence de rêves évanescents, harmonieux et amples comme l’est l’éphémère miracle de l’existence.

Gorgé d’une lumière surnaturelle, que tamisent les ombres de drames intérieurs, le post-rock des barcelonais franchit un cap en matière de lyrisme. Puissante et raffinée, la partition instrumentale devient une bouleversante phonétique des émotions. Face à un chaos civilisationnel à la conscience pressentie jusqu’à l’artwork de Haitz De Diego aux tranchants gravats syriens, le son se fait narration. Sous une expressivité majestueuse faite de métaphoriques retenues et d’épiques libérations, il nous guide à travers les paysages tourmentés des temps. Chaque titre porte en lui cette poétique humaine qui vibrait déjà auparavant et qui, grâce à un sens plus densifié de son apport “metal”, pousse la sonographie jusqu’à ses somptueux retranchements.

Les véritables bouffées blackgaze qui expulsent en blasts et tremolos toute l’énergie canalisée précieusement fortifient les mélodies qui restent d’une noble maîtrise, d’une beauté rayonnante qui appelle aux larmes incontrôlées (« Dins la meva ànima la sang em bull… »). Derrière les ténèbres de commencements tribaux (« llampecs d'oblit d'uns records en vida, ») ou d’embardées plus vives (« naixença d'una mort tranquil·la. ») surgit infailliblement une clarté céleste, aux allures parfois symphoniques (« naixa d'una mort… », « Dins la meva… » ). Dans le jeu impeccable des musiciens, une sensation toute-puissante de liberté nous pousse à l’exploration psychique. La prévision de ce néant aussi redouté qu'intriguant pousse à se rêver, une dernière fois, passeur d’infimes espoirs (« En la foscor una llum que brilla, ») ou gardien de liens fracassants (« quan me'n vagi no em tanqueu els ulls. »). Quand résonne la voix de l’acteur Lluís Soler, la pérégrination s’évanouit dans un adieu grave et lucide, et s'entrouvrent d’autres horizons.

Par cette tension dramatique permanente, Quan tot s'apagui noue dans sa chair l’épopée d’une civilisation qui se meurt d’elle-même. En exprimant ses souvenirs et ses oublis, ses joies et ses pleurs, Syberia donne parole à l’avenir et à cette advenue inexorable d’une fin du monde, et de la plus belle façon qu’il soit : en célébrant la musique comme la plus vivante des paroles.