



Blood & Honey
Summer of Hate
Les ombres évanouies d'un rêve d'antan*
* une traduction issue des paroles de « Joy »
Tapis perçant le sol, miroirs d’essences, draperies serpentines… ma chambre devient kaléidoscope chamarré, de ma porte réfracte l’univers entier.
Frayant dans le temps comme les lointains cartographes de l’empire, Summer of Hate a laissé infuser ses désirs psychédéliques dans une efflorescence d’orient qui révèle ses doux arômes, dans un album bicéphale - et pourtant uni dans un même flux nourricier.
La face « Blood » déploie quatre titres qui résonnent comme des mantras accablés d’une chaude spiritualité, bouillonnant comme un sang sauvage. En paroles mystiques, parfois répétées comme des védas syncrétiques, le rock des portugais s’apparente à une échappée dans un désert regorgeant de sables entrelacés d’ambiances feutrées, d’éclats mélodiques et de murs bruitistes lancinants : de la raga-pop « Blood and Honey » à l’éclatant tube « El Saif » - et ses faux-airs de Altin Gun, anatolian rock oblige -, du manège soufi « Ashura » au totem-brûlant de « Mayura » - dont le final très neo-Mastodon ébouriffe impunément -, Summer of Hate prouve aux dieux toute l’authenticité, l’organicité et la fine maîtrise de son shoegaze psyché.
« Drifted into the echoes of my mind,
Lost in the places I will never find
I’ve got nothing, nothing at all »
extrait de « Joy »

Sur les trois derniers titres qui semblent former l’autre-visage du disque, « Honey », les nomades semblent retourner dans leurs frontières d’Europe, l’esprit encore chargé de miels d’orient. Les guitares se font plus douces, comme sur le magnifique final de « The Gospel », qui prend malicieusement le temps de coudre son tapis de rêves en un crescendo à motif effectivement divin. Là, le chant devient rêveur, la rythmique plus aérienne : les terres des eighties naïves de la jangle et de la twee pop s’affirment. De cette mélancolique pudique et ample, les ombres évanouies des débuts demeurent, en saveurs épicées que soulignent d’un fard de bruit ce mur de guitare typiquement, délicieusement vaporeux.
L’été touche à sa fin. Ce n’est définitivement pas de haine qu’il a été bâti, mais de rêves, aveuglants et évidents comme le sable bercé de soleil d’un désert créé par la seule force de l’inconscient.

