



Those Who Dwell in the Fire
Pyra
Les forges de l’extinction
L’autel a été dressé au crépuscule par les prêtres de la Nécropole. La chorale a terminé ses thrènes, les proches ont jeté toutes leurs asphodèles, les pleureuses-même se sont retirées de cortèges funèbres soudain désagrégés par une rumeur sourde. Le temps est venu au charnier de s'asseoir, à la finitude de s’affirmer. L’odeur de chair brûlée a empesté toute la nuit malgré les puissants arômes des libations que l’on a déposés à nos pieds entravés. Le ciel est mutique, le soleil aussi se cache à la vue du carnage. Quelques gouttes de rosée perlent sur mon crâne, mais c’est bien le règne des flammes qui est aujourd’hui advenu. Je sens déjà le feu crépiter sous ma peau - L’holocauste nous précipitera tous dans les forges de l’extinction.
Au cœur de Montagnes piémontaises, une guerre semble bien avoir éclaté entre les sauvages païens et un dieu du chaos réveillé de son sommeil, seigneur des flammes et destructeur d’un monde fou. En adorateurs médusés de leur propre extinction, Pyra invoquent le feu, sa force destructrice et purificatrice, et ce depuis leur nom latin ( « Pyra » signifie « feu ») jusqu’à la trame lyrique des six conglomérats incandescents qui jaillissent jusqu’à nous, comme propulsés d’un lac de magma. Mais si Those Who Dwell in the Fire se réfère jusqu’au coeur du brasier à un Zoroastrisme étouffé par un nihilisme antique, c’est davantage dans la teinte d’un noir-charbon que l’on pourra capturer la substance de l’incendie disharmonique qu’a déclenché Pyra. L’artwork, magnifique dépérissement monochrome, atteste d’ailleurs de l’absolue noirceur dépeinte avec peu de mots et énormément de traumatismes sonores à une humanité vouée au plus primordial des rôtissage.
Loin d’appeler aux grimaces sataniques qui défigurent depuis l’ascension du bouc Behemoth la crédibilité d’un Black-Death pourtant primitif - il y a trente ans, l’hydre du metal extrême naissait d’une même entité, les destructeurs de Pyra rappellent l’agressivité à ses soubassements les plus graves - tout est pâteux, globalement très véloce, et toujours terriblement décrépit. Sous les grognements caverneux de L., les cordes de I. se déchainent dans une cascade brûlante de riffs à la limite de la dissonance et du Brutal Death, pulvérisés par les marteaux d’Omega, troisième révélateur d'un univers où la terre a été offerte à des forces obscures à la puissance messianique. De « Cacus » à « Summit of Existence », on suffoque sous le déchirement d’une loi élémentaire et éternelle, intime et froide comme une apocalypse advenue, sensiblement riche en variations rythmiques sous la froideur de son matelas de cendres. « Palingenesis » noue avec l'ancestralité d’un culte destructeur, alliant un mid-tempo hypnotisant, à la mimétique presque psychédélique. Le ciel est sacrifié, l’Eternel meurt et renaît.

Une tempête de flammes s’échappe de l'alambic de « Becoming », avant qu’un lead de guitare colporte son fatidique fatum. « Purified in Infinity » et « Funeral Pyre » clôturent le rite funéraire avec leurs aigres humeurs à tiroirs. Sur la première, l’épopée prend des allures de mythe prométhéen, jouant un peu plus avec le tourbillon d’une contemplation glaciale d’un temps qui lui aussi flambe, puis abdique. C’est dans l’alternance de son courroux, dans l'expectative de l’embrasement à venir, que Pyre se fait le plus brûlant conteur de son fantasme cataclysmique. Sur le dernier titre sont rassemblées les trois phases de la cérémonie : l’exposition (« Prothesis »), le cortège (« Ekphora ») et la crémation se finalisent et explosent dans un ahurissant feu grégois, balayant les scories d'espérances qui auraient survécu aux fournaises divines.
En dévastant son royaume de lépreux, Pyra a atteint son dessein cosmique - l’embrasement de Tout, par le Tout.
« In our flesh, our soul
Nothing but flames »

