Nourishment

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Nourishment
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Date de sortie :
01 Jan 2026
Label :
Autoproduit
,
Lieu :
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)
Chronique
Photo
Flo
March 5, 2026
Nourishment
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Date de sortie :
01 Jan 2026
Label :
Autoproduit
,
Lieu :
(
Etats-Unis
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)

Les Nourritures Extraterrestres

Que l'importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée*.

En contrepoint fictif à l’ode lyrique et sensitive d’André Gide (Les Nourritures terrestres, publiée en 1897), le mystère froid et insubstantiel qui entoure l’EP éponyme de Nourishment semble sorti d’une arrière-cour exoplanétaire. Sans lien aucun, Gide et Nourishment partagent pourtant cette faim commune de matière. Car aussi indéfinissable soit-il, le black metal ici proposé se touche, se goûte et se sent avant même qu’il ne finisse par se former véritablement. Fondant dans l’oreille dans une rêverie un peu racornie et empoussiérée par de multiples sauts quantiques, c’est un message nourrissant, étrange et peu lisible, un relent théâtral venu du fond des galaxies, et que nous éprouvons entre nos synapses limitées d’humains.

Les notes anémiées des entités extraterrestres paraissent pourtant tellement réelles, tangibles dans leur discontinuité, effroyablement mortelles dans leur beauté désaturée. Elles en partagent nos tourments, empruntent cette même fragilité de ruines et cette même tristesse d’âme, qu’elles étirent toutes deux dans des complaintes romantiques à la profonde solitude.

« L'Hiver », Alexandre Calame, 1853

Les danses de guingois du post-punk, ici transmutées dans la désolation glaciale de la coldwave, s’inscrivent émotivement au travers de la route (« Lucretius », « The Last Desire », « The Divide », « Taste of Necromancy »); Ces nostalgiques diffractions binaires se déversent parfois dans un black amer et glacial, fixé autour de plus vifs chagrins (« Curdled », « The Sand Erodes » et l’entre-deux « Blank Book »). Des synthés moribonds en ouvrent le chemin. Les suspensions d’une dungeon synth aux enluminures fendillées ornent certaines façades d’une sorte de morbidité gothique surannée (« Born Without Flesh », « Colder »). Un gel uniformément nostalgique et inconnu joint chaque morceau dans une synchronicité parasitaire, que l’on ressent plus qu’on ne la vit.

Dans cette errance hivernale - sacré artwork aux frémissements évocateurs -, le scream rêche se suspend à une friture analogique dosée comme par un destin fortuit. Nourrie de cette esthétique des finalités, c’est pourtant une fatidique destinée qui noue ces offrandes d’outre-monde à nos sens d’outre-tombe. À travers ce cortège à la matière intenable et à la blême délicatesse, les presque-humains de Nourishment semblent plus humains que nous.

* extrait de "Les Nourritures Terrestres" (1897) d'André Gide