Sidera

Miserere Luminis

Sidera
Miserere Luminis
Date de sortie :
06 Mar 2026
Label :
Debemur Morti Productions
,
Lieu :
Montréal
(
Canada
Canada
)
Chronique
Photo
Flo
March 6, 2026
Sidera
Miserere Luminis
Date de sortie :
06 Mar 2026
Label :
Debemur Morti Productions
,
Lieu :
Montréal
(
Canada
Canada
)

Dans l’ombre de la nuit, le soleil-même a été sidéré

L’étreinte des jours s’est diluée dans les traces de nos errements. Lorsque gronde au fond de notre foi la tourmente et l’abandon, la désillusion devient une vertue que l’on croit fidèle, indéfectible. Elle partira aussi, et au douloureux déclin de ses lueurs, ne restera qu’une grande marque, une infinie absence. La sidération.

Lumières de misères, merveilles ombragées : l’essence mélancolique chère à nos poètes romantiques Miserere Luminis a fini de totalement se diluer dans d’âpres arpèges, créant un espace de tristesse qui résonne par delà les mélodies qu’il engendre avec une fragile puissance. Un antique cantique colporte et distille ses sentiments, depuis l’album éponyme sorti en 2009, laissé en ferment 14 ans avant que ne nous soit asséné l’impact émotionnel qu’est Ordalie (2023) - chroniqué dans le Vol. I. La torsion des temps pousse à l’urgence de dire, de faire entendre, et c’est seulement trois ans après, sur les braises encore brûlantes du bûcher de son illustre aîné, qu’advient Sidera (2026). Agissant comme sa suite spirituelle évidente, il en affine un peu plus l’étendue de ses splendeurs harmoniques, et en affûte aussi la rage sèche qui s’exfiltre, comme un fin et brûlant rideau de deuil.

« Et tu pleures encore la rupture de tes mirages.
Les cendres de tes paradis
Déposées sur le miroir infranchissable de ta faiblesse. »

paroles de « De cris & de cendres »

La beauté est toujours solaire, mais c’est rongés d’ombres que percent les rayons de l’astre, comme d’immenses et dévorantes flammes qui finiront, tôt ou tard, par tout engloutir - et leur mal en dedans. Si Sidera sidère autant, c’est qu’en elle, l'aube se mêle au zénith, l’ardeur à l’engourdissement, la hargne à la délicatesse. Les cinq morceaux, pensés et élancés comme des existences, forment les contours d’une âme tourmentée qui perçoit ses failles pour mieux creuser des ravins de délires, et lever dans sa douteuse réalité des cataclysmes fracassants. Sur cette passion pour un black metal tranchant (les perditions du DSBM s’entendent bien), se brodent les sombres larmes du post-metal, remuées jusqu’à leurs plus secrètes profondeurs. D’une structure à l’autre, l’effroi se mêle à l’émerveillement, jusqu’à ce que le corps se carbonise et que brûle l’esprit sans forme qu’il abritait, entité prisonnière, rêveuse et désormais abattue face aux contrastes inouïs de sa réalité.

« Je te tendrai d’une main les auréoles de la perdition
Et les voies lactées des nouvelles morts. »

paroles de « Aux bras des vagues & des vomissures »

A l’aide d’une production incandescente, le trio canadien a acquis une puissance thaumaturgique dans l’art de détacher chaque fragment émotif de sa formidable épopée musicale. La voix désemparée et allusive d’Annatar, les mélodies de guitares ciselées dans une soyeuse désespérance de Neptune, la batterie envoûtante d’Icare se conjuguent à des touches de cordes, de choeurs et de pianos laissés par endroits comme des puits de lumière. Dans cette triste trame, Sidera prend des formes de tragédie antique, et semble nous raconter le chaos et la forme, la finitude qui advient pour l’homme guerrier, rêveur, inconsistant dans sa sublime éphémérité. L’album se parcourt comme un fleuve houleux, grandiose et fin, isolé dans une solitude purificatrice. Lorsque se terminent dans une apothéose de silence les magnifiques lignes de « Dans la voie de nos lumières », on ne se rappelle alors plus de rien, hormis de cette ultime stupeur qui a pétrifié le jour, et tous ses souvenirs réunis.