



Shame
meth.
Crise de foi
Suppliciés du passé, ravivez vos plaies, dépassez vos traumatismes, piétinez vos illusions, délectez-vous de l’amère suc de l’anéantissement. Les pêchés des prêcheurs méritent le sacre de notre conscience hallucinée. Dans les miroitements bleus d’une destruction massive, nous sommes devenus des adeptes d’un met sacré : meth.
Les ravines de Shame sont profondes, et peuplées de mortifications rarement égalées dans leur propension à dépiauter la moindre tranche de silence et de naïveté à l’aide d’une machinerie musicale absolument démoniaque. En sous-tendant son Mathcore dissonant d’une putrescente noise à vous ronger les plus tenaces des boyaux, Shame permute la terne tristesse du désoeuvrement psychiquye en une obèse et obséquieuse oppresion mentale. Hardcore jusqu’aux tréfons de l’intense, les morceaux se déversent en une disharmonie tendue vers les cimes de la folie.
Cette même schizophrénie semble frapper les morceaux en leur-dedans, alternant avec une désespérante malignité les riffs monolithiques et les rugissements désarticulés à la technique peu palpable (« Compulsion », « Doubt », « Cruelty »). Avec des crescendos vicieux qui siphonnent les stridulations des cordes, comme sur un « Give In » éclatant d’incantation disloquée, Meth. puise dans ses racines punk pour atteindre un état de pure déstructuration sacralisée. Car c’est bien le chaos qui se revêt d’un attrait paranormal, dans ce tourbillon psychotique qui rejette toute foi, toute illusion, pour ne garder entre ses côtes grinçantes que les plus écrasantes des désillusions terrestres.

Avec quelques fins qui se dissolvent dans des boucles métronomiques hallucinées (« Blush », « Shame » et évidemment « Blackmail »), les râles d’Alvarez rendent opaques et fétides toute l’étendue des souffrances endurées. Entre l’aboiement d’un Screamo désespéré et les cavernes moites du Death-Doom d’antan, sa voix finit de nécroser les ultimes réminiscences d’une honte à présent consumée, et dont l'immanente empreinte ne saura être exorcisée que par une pourriture équivalente : celle de ce legs musical, indubitablement unique, manifestement névrosé, et immensément cathartique.

