Ruthless Savagery

Glassbone

Ruthless Savagery
Glassbone
Date de sortie :
19 Dec 2025
Label :
Iron Fortress Records
,
Lieu :
Paris
(
France
France
)
Chronique
Photo
Flo
February 19, 2026
Ruthless Savagery
Glassbone
Date de sortie :
19 Dec 2025
Label :
Iron Fortress Records
,
Lieu :
Paris
(
France
France
)

Cataracte de sang

Des os broyés surnagent dans des rivières de pus. Derrière les tripes lourdes qui se nouent autour des carcasses calcinées d’anciens pins - lianes moribondes d’une jungle pourrie sur pied, des crânes à demi-décomposés scrutent l’horizon de leurs orbites creuses. Soldats déchus, délateurs ensanglantés. Dans le vrombissement discontinu des mouches et le grouillement spongieux des larves, ils sont les pathétiques témoins de la fin. Au loin, vibre la grande cataracte de sang.

Une infecte rythmique suppure des plaies de Glassbone. Les balafres rouvertes ont laissé pénétrer plus profondément encore la brutalité d’un death primitif, déjà germé en glauques pustules sur le sidérant Deaf to Suffering (2024). Le déchirement est instantané : un murmure de guitares hennissantes ouvre « Ruthless Savagery ». Et c’est le début de viles et vives hostilités. La machine à riffs arrache aux 6 titres son omniprésente puissance, servant de brise-nuque et de déchire-pensée à qui pourra se dissoudre pleinement dans ses eaux sales (« E.K.F.I.V » ou le superbe final, « Driven by Sinister », aux pâles halos mélodiques vite transformés en steak purulent).

De guitares mafflues en blast d’une batterie convulsive, l’épaisse sanie triture les tempos pour assouvir sa soif d’un hardcore transanglanté par une force lugubre et ancestrâle. Les breaks secs doublés de double-drums meurtrières laissent un goût ferreux d’agonie (« Drying Up Their Blood » ). Le growl d’Hadrien Bresson est précis et grave, parfois entrecoupé de défiances punk dans les multiples transitions de cette partition impactante, qui ne sacrifie jamais au piège du “plus c’est rapide, plus c’est violent”. Les solis et harmonies des guitares leads - autant d’affriolants hommages au death US old-school - s’entrechoquent avec des étripements beatdown à faire pâlir le plus avarié des cadavres (« Testimony of Death », qui fait appel aux sanguinolents italiens Fulci). Dans sa sauvagerie sans compromis, Glassbone a su solidifier son échine de verre d’influences et époques variées, portant à maturité un son massif et franc; Et sous le pinceau toujours fascinant de Paolo Girardi, l’imaginaire devient plus hideux encore, plaquant l’intensité du son à la fascination thanatophilique du (tré)fond.

A la surface de l’eau croupie, des pustules véhémentes finissent de jaillir. Les carcasses ploient et s’agitent. Une baïne béante fait dériver l’immense cortège, en direction de la grande cataracte. Dans un ultime déchirement, la chute délivrera les morts de leur propre servitude.