



11100011
Asian Glow
L’indicible epaisseur de la mélancolie
Derrière les pages soustraites à l’inconscient, la masse de tout un héritage se délite, tombe en pellicules d’oublis, se mêle aux denses effluves d’une modernité sur-complexifiée jusqu’à l’absurde. Sans la soustractivité de ces hier, aucun chaos-calme ne déchirera notre lendemain.
En s’accrochant à la rêverie blasée d’une jeunesse mondialisée noyée sous tant d’exigences, de fracas et de (futiles) évènements, les sensations s’additionnent, les créations se démultiplient à l’extrême, sur-tendent la toile d’une musique à réfraction multiple. Asian Glow en esquisse quelques magistrales fibres de vie, dans cet album 11100011 qui, comme une suite d’un code digital aussi étrange que magnétique, entremêle tant d’idées, d’archétypes et de couches instrumentales, qu’il convoque en nous un vertige impalpable et pourtant omniprésent. A l’écoute de ces 9 titres rois du spleen, une vague de tristesse numérique nous saisie. A sa base se perd la strate analogique d’un Shoegaze noisy électrisant, qui fonde par l’ancien le neuf, comme un éternel recommencement de rires et de larmes, d’époques et de terres qui, finalement, s’assemblent car se ressemblent, s’héritent mais ne seront jamais plus comme avant.

Asian Glow a l’art de bâtir ponts entre les différences, et si autant d’influences que d’émotions parcourent ses rêveries autoproduites, c’est que toute cette symphonie polyphonique est tissée du même fil, celui d’une mélancolie chaude qui évoque l’éphémère pour rallier l’essentiel : qui ne vibrerait pas d’émotion à l’écoute du final de « Jitnunkebi (Winter’s Song) » ? Qui oserait prétendre que la douceur d’un « Feel All the Time » ou l’évasif bonheur de « m0numental » ou « Camel8strike » n’aurait pas quelque chose d’universel dans sa fragile grandeur ? Comme pour synthétiser une ivresse de sensorialités effleurées, « Dorothee Thines » termine avec une magie quasi Hyperpop l’inextricable et dense beauté des notes invoquées. 11100011 est l’hymne d’une Indietronica qui tend à tout dépasser, tout sauf cette mélancolie qui la transcende de part en part, et jusqu’aux confins de la joie.

