



Léa Jacta Est
+ Sunwell + Marius Atherton
Ensaignement magistral
Dans ce rite de feu et de sang s'embrasent les pétales de proses qui s’écoulent lentement de nos yeux. Les pierres rouges obtenues sont recueillies dans un creux de main tremblante. Elles seront administrées aux cœurs fendus d’âmes fragilisées, elles combleront ces failles qui resteront pour toujours des cicatrices.
Marius Atherton
Autour de la flambée, Marius Atherton entonne le chant qui fait danser les bêtes rassemblées depuis la tombée de la nuit. La complainte, aux ressorts de conte ludique et à l’impertinence non dissimulée, virevolte autour des yeux brillants qui percent les masques qui s’agitent. Elle en anime les bestioles d’une ferveur languissante, s'immisce dans les interstices de leur torpeur vigoureuse, les étreint dans leur ronde improvisée. Toute facétie disparaît lorsque s’approche du brasier une ombre vêtue de noir.
Sunwell
La statue qui pleurait en se tenant la tête au bord de la clairière s’anime alors devant cette procession et vient se joindre à l’assemblée. Le chaos environnant s’éteint à son arrivée, tous les yeux sont maintenant tournés vers l’obscurité que cette forme mouvante dégage. Un lointain écho, à la fois d’ici et d’ailleurs, nous arrive et se perd dans l’immensité des murs qui s’étirent. Toute la dévotion mélancolique de « I give you » emplit alors l’espace, des traînées violettes et incandescentes nous traversent avant que Sunwell ne pose des mots incarnés mais lointains sur cet engagement émotionnel total. Les lamentations d’un cœur palpitant scindé en deux cavités viennent assiéger les derniers bastions de la réalité en nous plongeant dans une rêverie brumeuse, baignées de résonances glaciales, avec « Little heart’s lament part.1 » et « part.2 ». Une fumée de pénombre se propage et serpente dans tous les recoins de la salle. Sous l’écorce de son voile protecteur, Sunwell nous emmène, à travers ses incantations arpégées, dans une danse rituelle, où l'effroi se désintègre, les maux s’estompent puis s’oublient. S’écarte la fumée pendant « Carry Us », révélant toute la beauté figée de cette pierre suintante de tristesse, de son chant éthéré qui nous transperce, de sa guitare aux cordes froides et duveteuses. Une lune rousse se lève comme pour annoncer la suite du rituel.
Léa Jacta Est
La scène chavire dans le rouge quand Léa Jacta Est apparaît sous les impacts d’un « cyclone » qui balaie tout sur son passage. Des pétales de fleurs de passion, écarlates et au goût de sel, sont déposés sur cette terre mise à nu avec « aunomdelarose ». Les intonations mystiques de l’orgue se dispersent comme des gouttes de pluie se précipitant sur le sol pour ressusciter la « fleurdepunition ». Elle sera cueillie sur les sublimes intonations d’une incantation murmurée et d’une poésie fredonnée sous les détonations des coups et de ce qui en découle. La fleur, dans les mains ensanglantées par les épines, se tortille avant de prendre l’aspect d’un serpent qui vient déposer avec délicatesse sa « salive » réparatrice et suturer la gangrène hémorragique. Le reptile n’est plus tout à fait souple dans l’étreinte de l'Incantatrice, il devient cette guitare à l'intensité fragile qui fait chavirer l’instant dans une transe communicative. La sensation du soleil aveuglant qui nous chauffe la peau et irrigue nos vaisseaux obstrués, nous rappelle « Les jours heureux » pendant lesquels nous profitions de la fraîcheur en nous baignant dans « Les sept rivières ». Tous les « Horizons du fantastique » semblent alors accessibles, des larmes de bonheur coulent de nos yeux figés qui ne regardent plus. Le retour à la réalité est abrupt, pour un dernier au revoir au compagnon « Bubu », avec ce qui pourrait être la chanson la plus triste de la cérémonie. Le félin est déposé à l’« ombredusépulcre » où l’anatomie d’un gothisme espiègle se déploie dans une litanie sanglante. Arrive notre saignée. Tout ce sang déposé nous fait tourner la tête, nos corps exsangues flottent autour de l’Enchantresse qui a pratiqué sur nous cette hématomancie nécessaire. Nos esprits en divagation, muent, se bousculent dans une dernière vision : des montagnes d’hémoglobine à perte de vue, « Les Pyrénées » sont devenues rouges.





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