



Hypno5e
+ Hippotraktor
Fendre le cœur, percer l’âme
Ce samedi 17 octobre, nous quittons le tumulte des rues où grondent la révolte et l’espoir pour nous enfoncer au cœur de la Villette. Ici aussi, dans cette antre de béton humide, un soulèvement fera vibrer le Trabendo.
Hippotraktor
Ils sont quatre sur scène, mais semblent tendus dans un seul et même cri. Hippotraktor, en architecte dystopique, ouvre la brèche d’une dimension nouvelle. Dès « Oblivion Walker », sa poigne puissante laisse tomber des gouttes de poisse sur le sol glacé. Le son est une boue monolithique où les mélodies fragiles se mêlent à des rythmiques déjà dantesques. Un frisson d’énergie folle traverse la foule, alors que résonne l’insaisissable « Stasis ». Le chanteur Stefan De Graef se mue parfois en un étrange percussionniste, renforçant le grondement complexe de basses qui nous dépiautent les idéaux. Du reste, il nous transmet ses psaumes gutturaux dans un profil voilé. Ses traits sont dissimulés derrière ses tourments. Sous la colère et l’énergie brute qui le font virevolter de toute part, la tristesse sensible vibre.
Le dernier album Annihilist est exposé aux pâles halos de la salle, avec « Builder of Eden » et « A Different Now ». Les derniers deviennent les premiers sur « Manifest the Mountain », un titre noueux qui a lancé le groupe, nous rappelle Stefan - et qui ouvre leur premier album, Meridian (2021). Les progressivités douces de « Beacons » concluent la prestation, avec l’éclat croissant d’un post-metal véné de majesté. Sous les derniers accords, nous sentons les fibres de nos cœurs se fendrent infiniment.
- Oblivion Walker
- Stasis
- Builder of Eden
- A Different Now
- Manifest the Mountain
- Beacons
Hypno5e
Devant nous s’étend un désert jaune qu’enserrent les murmures du public. Tout le monde se suspend, attendant la venue des quatre entités qui nous guideront, une fois de plus, dans les limbes de leurs paysages hantés. Quand les diodes se déchirent en cascades sonores sur « Lost Fires », la prophétie s’accomplit : une trame noire s’abattra bientôt sur nous, en un futur album féroce au son réinventé, ramassé. Sur « Gehenne », les anciens cauchemars réveillent nos souffrances bouillonnantes, déchaînent la plèbe happée par cette exécution peu sommaire, toujours éminemment poétique, parfaitement millimétrée. La magnificence émotive de « Lava From the Sky » lave les derniers pénitents de leurs moiteurs citadines : Emmanuel Jessua et ses frères ont fait naître dans la brèche scénique une zone lacustre et lunaire où s’égarent les âmes errantes, à la recherche de ceux qu’ils ont jadis aimés. Sur « Slow Steams of Darkness, Part II - Solar Mist », du même album Sheol (2023), les arpèges ciselés rampent en romantiques assemblées, puis s’effacent subitement sous les assauts des distortions grinçantes, des choeurs amplifiés de larmes trop salées.
Après l'évocation lancinante de « Trame Noire », les musiciens sortent de scène. Des tabourets sont ramenés, des instruments acoustiques disposés devant nos regards étonnés. Flutes de bois, souffles, clochettes. Les deux prochains morceaux seront purement acoustiques. Assis, Hypno5e ranime la mélancolie délayée dans les luttes. Sur l’iconique « Central Shore : Tio », les écoutants accompagnent les litaniques appels de cette mère endeuillée. Tout est fardé d’une tristesse tressautante, qui continue de s'élever alors que le mystérieux « Who Wakes Up From This Dream Does Not Bear My Name » est joué. Sous les murmures d’un sample où résonnent les funestes évocations de Rainer Maria Rilke, le groupe ressort de nouveau.
« Quels hommes sombres as-tu réveillé dans les veines de l'adolescent ?
Des enfants morts voulaient venir à toi, doucement, doucement, avec amour. »
Sur près de vingt minutes, la sombre source de 2019 nous est offerte dans son intégralité. « A Distant Dark Source, Pt. 1,2,3 » se joue des ténèbres en projetant à l’arrière du son des formes de lumières qui ondulent, rampent et se meuvent. Ce sont les silhouettes des fantômes du passé qui, en ombres chinoises, accompagnent le foisonnement mousseux d’une musique qui transcende. Lorsque le féroce « Molecular Angel » presse la foulée du dormeur, on sent que l’aboutissement est proche. Il advient sur l’incontournable « Acid Mist Tomorrow ». Apogée d’une puissance éthérée, Hypno5e finit de déchiffrer nos âmes défrichées, laissées en pâture à des dimensions tantôt lugubres, tantôt magiques. La fosse est devenue une flaque d’acide, les corps se baladent et fusionnent. Nos âmes sont percées de part en part. L’hypnose nous a submergés, et c’est avec les yeux vitreux des noyés que nous quittons Le Trabendo.
- Lost Fires
- Gehenne
- Lava From the Sky
- Slow Steams of Darkness, Part II - Solar Mist
- Trame Noire
- Tio
- Who Wakes Up From This Dream Does Not Bear My Name
- A Distant Dark Source, Pt. 1
- A Distant Dark Source, Pt. 2
- A Distant Dark Source, Pt. 3
- Molecular Angel
- Acid Mist Tomorrow























