



Frozen Frozen Fest - Jour 2
Cerbère + À Terre + Maudits + Mütterlein
Cerbère

Des chiens pixelisés se débattent dans un écran à tube cathodique et aux haut-parleurs complètement rincés. Le Cerbère à trois têtes prend forme devant nous. Ses râles de chien pestiféré se délitent depuis le fin fond d’une bande VHS toute cramée. Des aboiements numériques traversent des pulsations de bruit ambiant, dépoussièrent le transistor défoncé au sludge. Dans cette lenteur accablante, les accélérations et décélérations du magnétoscope en fin de vie se mêlent à la crasse et à la mélasse d’un doom de cachot. Nos pieds collent et traînent tant nos jointures en sont ankylosées. On entend les échos d’un autre temps, des hurlements qui s’étaient perdus dans les méandres d’un gouffre de désespoir.
Photos par Nolann
À Terre

Le vent souffle sur les bedaines repues des privilégiés quand À Terre surgit, la veste serrée jusqu’au cou et le marteau en main. Les yeux écarquillés de terreur, nous restons hagards devant l’effusion de violence prodiguée. Les tempes explosent sous les coups du hochet métallique. Le groupe s'emploie à casser toutes les quenottes une à une. Ils empilent ensuite tous ces corps mous et inertes avant la flambée, leurs coupe-vents encore tachés des éclaboussures de la mêlée. On contemple cette montagne prendre feu. La castagne continue. Le couteau glisse entre les dents de cols blancs apeurés, fend leurs joues grasses en deux comme pour élargir leur sourire déjà malveillant. Les coups de ciseaux pleuvent dans les jugulaires parfumées à l’after-shave. Le sang imprègne des habits hors de prix qu’aucun pressing ne pourra plus jamais rattraper.
Photos par Léo
Maudits

Maudits sont les artisans qui forgent dans des éclats de pierre brute, une fine géométrie de passion et de précision. La sculpture prend vie devant nous, ses courbes et ses dentelures s’agitent avec douceur dans la pénombre. La poussière de l’ouvrage scintille au travers des quelques rayons de lumière qui transpercent la scène. Les étincelles de la roche s’éteignent quand l’eau vient remplir ses sillons. La pluie déferle, inattendue, abrupte, battante. De lourds nuages pleurent sur nous et accompagnent la déferlante. La complainte s’étire enveloppée par les cordes d’un violoncelle à la tristesse émouvante. Des mélodies d’orfèvre aux rythmiques adroites se perdent dans les nappes phréatiques d’un sol saturé en larmes. L’eau trouvera toujours un chemin.
Photos par Léo
Mütterlein

Mütterlein apparaît dans la fumée épaisse. On discerne au travers de l’opacité la silhouette d’ombre qui va clôturer ce Frozen Frozen Fest, entourée de ses serpes et de son brouillard. Commence alors une élégie de la nuit des temps, aux rythmiques tribales et sourdes. De longues basses oscillent comme des battements de cœur dans les fibrillations de la lumière. Toute la brume miroite, brûle nos rétines. Une cathédrale naturelle s’ouvre devant nous, les tambours et les cris y résonnent. Ses galeries oppressantes et tortueuses suintent une chaleur humide qui colle à la peau. Nous sommes happés sans concession par ce cauchemar de fièvre à la structure démoniaque et aux crocs aiguisés. Retrouver notre chemin vers la sanité ne sera pas facile. Les morsures laissées par cette bête ont la forme d’une serpe.
Photos par Léo










































