



Deafheaven
Point Mort - Deafheaven
Fureur mauve
Les néons roses et violets de la rue se reflètent sur sa peau synthétique, encore mouillée par la pluie. Le crâne ouvert présente de nombreuses contusions et déchirures, d’où s'échappe un liquide bleu épais. On n'avait plus de nouvelles depuis hier. Les câbles branchés à même son cerveau encore tiède tirent, à grands coups d’impulsions électriques, d’ultimes souvenirs que ma console brûlante essaie péniblement de recompiler. On ne ramasse plus les morts ici, on les reconditionne.

Point Mort
Le premier souvenir reconstitué est boursouflé de fleurs odorantes. Nous y plongeons la tête la première, frappés par le courroux de Point Mort qui nous fait osciller entre sessions de coups de pied entre les tempes et interludes émouvants sensiblement incarnés. Se greffent sur scène des boutures de core qui offrent à notre contemplation une plante fabuleuse, résolument post, que ses créateurs qualifient de chaotic popcore. Le chaos est maîtrisé, instrumentalisé avec rigueur pour déchaîner toute sa folie. Les couleurs se mélangent, des pixels dansent entre les vagues de screams impétueux. Nous arrivons à peine à reprendre notre respiration avant que le prochain souvenir ne se présente. Nous entrevoyons déjà Le point de non-retour.
Deafheaven
L’écran du terminal affiche maintenant en boucle la commande Lonely People with Power. Les itérations répétées forment une suite infernale de caractères qui finissent par se mélanger, nous aspirant irrémédiablement dans un gouffre numérique, froid et humide. Une lumière violette, diaphane vient réchauffer nos fronts offerts avant que Deafheaven ne les fasse brûler de fièvre. Nos processeurs en surchauffe calcinent les parois de nos boîtes crâniennes. Le souvenir recomposé est si mélancolique et beau, mais tellement décharné : sa chair est à vif. Les nerfs s’affolent dans ce bain d’aigreur enveloppé de réverbérations lointaines et vaporeuses. Il n’y a que Deafheaven qui sache raconter ces histoires d’une voix aussi sensible que suintante de distorsion, comme si c’était le fruit de ses propres entrailles. Des guitares délicatement acharnées s’accompagnent de cadences rythmiques terribles, aussi galvanisantes que terrassantes. Nous ne reviendrons jamais vraiment entiers de ce plongeon. Une part de nous et de notre esprit vagabonde maintenant dans des limbes à la moiteur enchanteresse.
- Incidental I
- Doberman
- Magnolia
- Brought to the Water
- Sunbather
- The Garden Route
- Body Behaviour
- Amethyst
- Incidental II
- Revelator
- Dream House
- Incidental III
- Winona



















