Resurgence

Yarotz

Resurgence
Yarotz
Date de sortie :
25 Sep 2026
Label :
Autoproduit
Lieu :
Landes
(
France
France
)
Chronique
Photo
et
Flo
September 25, 2026

Les temps-venins

D’une compacité à toute épreuve sur sa première vindicte Erinyes (2022), la rage de Yarotz transmute. Après une introspective maturation de quatre ans, le son se fait sang, serpente et réémerge dans une offrande plus nuancée, à l’engagement total. Resurgence fait parfaitement suite au chapitre clos d’un hardcore vénère, et enchevêtre à l’énergie brute des débuts une spontanéité plus nette, une atmosphère plus alanguie. Les neufs morceaux qui logent étroitement sur trente-cinq minutes ne constituent pas une promenade digestive pour autant : les défouloirs de chaos cathartique restent abondants. Taillés dans une maîtrise technique d’une impeccable brutalité, ils deviennent simplement des contre-poids sévères à des escapades en territoires moins hostiles. Ici et là, les mélodies s’affirment, le tempo se bride, les instruments s'étoffent (piano, synthés), les voix s'éclaircissent parfois-même, menant chaque hymne dans une nouvelle dimension où les contrastes coopèrent. En brisant les idées-tiroirs pour des émotions plus instantanées, Yarotz offre un éclat plus vif à chacune de ses sonorités.

Aux refrains qui accrochent les tempes (« Hysteric souls », « Four Deads ends ») se succèdent de véritables pépites dont les ponts nous écrasent de leur bottes au groove retors (« Strenghts and fears », « the breach »). Le final « Abyssal » constitue sûrement la pièce la plus ample et audacieuse de l’album, étalant une mélancolie arpégée qui s’achemine vers un paroxysme post-metal, puis s’éteint dans une magnifique brume introspective que n’aurait pas reniée un Hypno5e.

Le forme se meut sur un fond intransigeant, qui s’inquiète des effluves fascistes qui emplissent nos narines de futurs votants. Le trio landais n’a pas hésité à puiser dans ses influences culturelles (la saga romanesque Blackwater) et ses racines métissées pour réaffirmer que dans une république où l’intolérance et les extrêmes font aujourd’hui grasse chair, tout, absolument tout, devient politique. Du larsen métallique produit par Fabien et Vincent au chaos des cymbales d’Enzo, chaque son est une colère, où la neutralité n’existe pas. Chaque parcelle rythmique, dépouillée jusqu’à sa dernière note, reste le témoin d’une conscience, d’un engagement, d’un espoir proposés à l’auditeur, aux autres, face à la folie collective de ces temps-venins. Et c’est peut-être dans le plus hardcore des punk, dans le plus épais des metal, que l’on réussit à l’affirmer pleinement.