.avif)
.avif)
.avif)
.avif)
The Mother
Verwoed
Mère Morte
L’embryon que nous sommes s’est extirpé de sa noirceur matricielle, vers ce puits de lumières que l’on nomme Vie. Amnios expulsé au goût âcre, senteurs foetales, viabilité incertaine. Déjà l’extérieur corrode nos cellules si fragiles, sature nos sens atrophiés. Une perforation psychique nous fait ramper contre les parois d’une Terre-Néant. Nous souhaiterions tant retourner tout au fond, dans notre Royaume de nécrose, au sein fétide de notre Mère d’ombre et d’oubli.
Avec Verwoed, la tristesse existentielle est vécue comme un passage ritualiste à la saveur d’ailleurs. Comme une génèse opérée dans un temps antique, sur un sol brûlant, impalpable mais pourtant si familier, réaffirme avec une finesse intacte l’aura artistique d’un Black Metal hautement psychédélique.
Sous le chant déclamatoire et les tranches lancinantes des guitares, un mystère contrasté tapisse de part en part les huit élégies romantiques et funestes qui nous accompagnent aux confins d’un royaume de l’introspectif. L’hypnose y est béante et l'opulence mélodique, traduite par une beauté poétique, se meut parfaitement dans le lent flot d’une dissonance couchée sur la surface organique.
Comme un flot discontinu aux perles singulières, chaque titre se laisse goûter comme un conte aux variations subtiles, dressant une vision mystique d’un esprit assoiffé d’origines. De l’introduction tribale « A Prayer of Blood and Fire » à la délivrance acoustique finale de « Death in a Rosary », une succession de fragments symbiotiques s’agglutine et s'érige en une statue résolument maternelle : belle et ténébreuse, intacte dans sa magie élémentaire, lancinante et fatale.

Dense, presque labyrinthique, le diptyque « The Mother » / « The Child » nous transmet son témoignage brut, à peine perturbé par l’éclat funeste de « Seven Trumpets », dont l’ambiance western-spaghetti (si, si) sera rappelée et davantage appuyée encore sur le plus long interlude instrumental « A Choir of Null and Void ». Entre temps, « The Madman’s Dance » aura gravé à la puissance du mid-tempo toute la fougue hallucinatoire de Verwoed. Et sa beauté païenne fumante, à peine déformée par l’amère colère teresttre, rappelant les ombres géniales d’Oranssi Pazuzu ou des premiers albums de Hail Spirit Noir.
With deaf ears, I hear you
With sightless eyes, I see you
With wounded flesh I feel you
* paroles de « The Mother
Beauté des commencements, terreur pensive des finitudes : tout semble si bien encapsulé en The Mother, une bien habile travée sonore déployée comme ces destinées farouches aux effluves nostalgiques, comme ces traques personnelles faites d’ombre et d’oubli.

