Slutworld

Slut Intent

Slutworld
Slut Intent
Date de sortie :
01 Jan 2026
Label :
Autoproduit
,
Lieu :
Minneapolis
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)
Chronique
Photo
Flo
March 4, 2026
Slutworld
Slut Intent
Date de sortie :
01 Jan 2026
Label :
Autoproduit
,
Lieu :
Minneapolis
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)

Le salopard salopé

Les abus de l’ICE à l’ère Trump II ne laisseront aucun citoyen alerte et esprit sensible dans l’indifférence. Même au lointain, on s’offusque, on s’acharne à dénoncer les abjectes abus des tyrans sur l’innocence opprimée. Mais lorsque l’on vit tout ce fracas de sens à l’intérieur même des rues, l’engeance appelle à la vengeance, et l’esprit au cri.

Minneapolis hurle sa résistance face aux violences fascistes ! Des voix de femmes s’élèvent, et dans leur sillage, tout un flot de luttes sociales, d’objections politiques, de solidarités ethniques portent leur immense force vers un pamphlet sonore à portée universelle : Slutworld. Un monde de salauds, où les salopards accusent leurs victimes de putes. Un non-sens absolu, mais le mal ne peut triompher là où continue d’exploser la soif de vie - ici avec une colère investie non dans les 9mm de la NRA, ni dans les dingueries MAGA, mais dans la fureur des amplis, la poigne des baguettes et l’humidité féroce des micros.

« tell me
tell me are your pockets lined with red
from lining all our dreams with lead »

extrait de « Slut internet »

Le collectif de punk hardcore Slut Intent ne pouvait qu’annoncer avec une fureur crue et soudaine sa vicérale solidarité pour une Amérique qui écrase plus que jamais les esseulés, violente les femmes et détruit les rêveurs. Qu’ils soient migrants, LGBTQ+, galériens sans emploi ou simples penseurs d’utopiques décroissances, ils sont tous des laissés pour compte, des fétus de paille à contrôler et à éventrer pour ces grands entrepreneurs ultralibéraux, ces néo-nazis en smoking, ces gangs d'ultra riches violeurs, spoilers, génocidaires, éco-criminels impunis.

photographie de Philip Montgomery pour The New York Times - voir source

Dans un chaos sociétal US palpable jusqu’aux plus reculées des campagnes françaises (à l’ère d’internet, les solidarités transcendent l’espace - il était temps), la culture devient foyer de résistance, et la musique un cri nécessaire contre les fléaux de la classe dominante. Ici retranscrite dans un punk hardcore sans concession, ce combat-mélodie puise dans le Riot grrrl l’anarchisme ravageur de ses titres féroces où le propos structure une acoustique libératrice, faite de larsens incontrôlés, de refrains rugissants et de rages vocales à la fièvre on-live.

« oppression is your obsession
you build to destroy »

extrait de « Glitch »

Une prestation musicale frénétique et techniquement solide amène Slutworld sur tous les fronts, s’époumonant dans l’anti-procréation (« Bonkers Even »), lacérant les violeurs - ces lâches amnésiques (« Acrylics »), prônant ouvertement l’insurrection brutale (« Peppa Pig », « Slut Internet »), s’assumant dans cette violence désespérée qui fonde les trop-blessés. Au détour des hymnes martelés en syncopes consternées, les trahisons appellent à la violence (« Hand Sanitizer »), la répression à la revanche (« Slut Wrench »). Des brassées de rage finissent certaines déclamations, comme sur « Mr. Chariot » ou le furieux « Slut Wrench ». Derrière cet enchaînement d’impulsions impératives, des sillons grisâtres mais non exempts d’espoirs sont tracés, sur un « Girls Night » plus incoercible que jamais. L'esclave s’affranchira, et des cendres des dictatures naîtra une nouvelle ère.

photographie de Philip Montgomery pour The New York Times - voir source
« we'll burn this down
ashes in their throats
we'll watch them drow »

extrait de « Girls Night »

C’est tout un univers de puissance oligarchique que cherche à faire exploser de l’intérieur Slut Intent. Dans un tour de force tenaillant, Slutworld dépasse le féminisme pour défendre l’humain dans sa globale dignité, en un lieu et une heure où la société menace plus que jamais de collapser; En salopant le salopard, le collectif de punk féminin dégaine la serpe, saisit la survie, sonne le sourd et sape le mal sur son propre terrain : celui d’une inéluctable indignation.

NB : L’intégralité des recettes bandcamp de l’album est reversée aux victimes de l’occupation de l’ICE à Mineapolis. Source : page bandcamp de l’album.