



O Merciful
Sear
Gousse d’aïeule
Triture le graillon du passé, expulse cette friture éventée qui mérite d’être dévorée. Bouffe, bouffe à en crever de miséricorde.
Les vociférations traumatiques de Austin Parson appellent à l’amour de sa grand-mère, à la peur de sa perte prochaine. Si ce deuil sera pour lui dévastateur, terrible, fulgurant, alors que cet hommage musical qu’est O Merciful le soit tout autant. En moins de vingt minutes, Sear encapsule dans un mélange de screamo ultra-tenace et de post résolument hardcore tout l’effroi d’une peur bien trop palpable : la mort de l’être cher.

L’évidente extrémité émotive de l’EP n’a d’égale que sa célérité : les titres à l’évocation crépusculaire s’enchaînent dans une malbouffe de bruit cramé qui ralentit parfois la cadence, le temps que résonnent de sinistres arpèges (« Confined »), un piano aqueux (« Bogie ») ou des spoken words fantomatiques (« Please, Be Careful »), pour ensuite mieux nous ébouillanter de breaks huileux - et bilieux. Tandis que les guitares acoustiques empruntent au doom leur emphatique mélancolie réverbérée, créant de stupéfiants métissages (comme sur l’incroyable « Generational Blues »), la majeure partie du spectre sonore déflagre, blaste et grogne.
Aussi intense que l’écoute d’un Crossed ou d’un Portrayal Of Guilt -dont Sear partage l’appétence pour les accords mineurs façon black metal-, O Merciful reflète l’amour sincère pour déverser l’effroi vénère, avec une implacable et impeccable tension. Avant les hommages, vient le respect.

