



Respect The Hustle, I Won’t Be Your Dog Forever
Ronker
Temps de chien
Demain, les clébards. Furibards. Que des gueules voraces, prêtes à dépecer le croûton capitalisme et son foetus mort-né, le libéralisme. Hier, tu étais toutou à mémère. Aujourd’hui, te voici clebs vénère. Bêtes de tout lieu, relevez vos babines, affûtez vos crocs, car voici venu le temps des cabots frénétiques, des chiens charognards et messianiques.
Respecte l’agitation, je ne serai pas ton chien pour toujours ! Déjà, voici un titre qui désintègre toute sinécure : Ronker n’arrondira aucun angle. Sur ce second album, il déchainera les bâtards et assouvira les âmes perdues, lissera le poil rêche et galeux du sale scélérat des coupes-gorges qui rêvait depuis quarante ans de douce liberté. Nourri par un post-hardcore athlétique, bouillonnant de crissements noise rock, Ronker réconcillera l’impact de la baston avec l’art de l’edredon : une patte griffue dans des coussinets dodus, afin de modeler l’émotion dans la mélodie, d’engendrer l’éclatement punk dans une rythmique naphtalique qui fait mouche (et les gobe) à tout instant.
Car même l’anarchisme a sa propre méthode, le corps retors de Respect The Hustle, I Won’t Be Your Dog Forever aligne ses cloques dans des clacs maniaques. « Shlak! », le shlag balance son jus de son dans les pavillons de haut-lieu, et la rhétorique renfle et ronfle assurément.

Dopant ses véhéments accords sismologiques d’une efficacité de gueux du stade, ce n’est jamais le même refrain qui détonne, qui hurle de hasardeux mais de bienheureux lendemains (« Tall Stories » tape trèèès fort d’entrée, mais d’autres hits happent et dopent, comme « Clear the Air » ou « Limelighter »). Sous un groove gras et grotesque se meut une sueur aigre et malingre qui, comme une salive acide, corrode l’ordre, défie la morale, désintègre … l’intègre. Des aspersions comme « Respect The Hustle » ou « Disco Dust » s’insinueront dans vos déveines, et rappelleront que dans l’essence même du punk, le chaos ordonne.
Grattez la crasse, cassez la gratte ! Derrière leurs amplis, à l'affût sous leurs fûts, les belges délivrent une prestation sensationnelle. Le canidé s’avère d’ailleurs augmenté par les jappements iconiques de Jasper De Petter, qui sait moduler son flow de rappeur-rageur vers d’étonnants ébrouements mélo-plaintifs (l’incroyable crescendocore qu’est « Snuff » ou l’audacieux et majestueux final « Using Eyes »).
Impulsif sans jamais dénier son appétit harmonique, Ronker fait preuve d’un flair unique quand il s’agit de conjurer cette abominable ère où tout dégénère. Le bruitisme est bien à l’assaut du crétinisme. Avec la rage maîtrisée de ses sonorités métalliques, les belges se font porte-étendard, et rameutent tous les désaxés : aboyez, grands fous, car demain viendra le temps des crevards d’espoirs.

