Conveyance in Death

Rhûn

Conveyance in Death
Rhûn
Date de sortie :
26 Jan 2024
Label :
House of Inkantation
,
Lieu :
Portland, ME
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)
Chronique
Photo
Flo
03 July 2025
Conveyance in Death
Rhûn
Date de sortie :
26 Jan 2024
Label :
House of Inkantation
,
Lieu :
Portland, ME
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)

L’Ultime transmission

L’armoirie de mon duché jonche le sol et s’imbibe de mon sang déjà coagulé. Autour, des flaques noirâtres s’épaississent des liquéfactions des ces païens transpercés par la rage de nos fléaux, empalés par la furie d’un rang de hallebardiers décimés. Le hameau est un champ de ruines desséchées par le zénith, et les armées un charnier. La terre s’est drapée d’une nouvelle strate d’os, de tendons et de viscères. Adossé au flanc du mur fumant d’un grenier éventré, je gis et me remémore la dernière des batailles, avec le goût de l'extinction entre les molaires, et l’éternelle gloire des moribonds cramponnée au fond de l’âme.

Comme le doigt suivant méticuleusement les vertèbres déboitées d’un teuton écorché, les titres s’égrainent avec une métronomie conquérante, qu’ébruite à peine la mise en tension de styles et influences multiples. Des pluies de distorsions aiguës se mêlent aux blast-beats immémoriaux d’un Black Metal purement « première vague », tandis que de nombreux ponts plus lents laissent dégringoler l’épopée dans une tourbe  polluée d’un brûlant mâchefer- le death sort de la fange, le temps d’un étourdissement temporel.

Du lugubre à l’emphase héroïque, les titres contiennent souvent un tombereau d’émotions, de structures et d’idées entremêlés (« Morningstar », « Citadels in Ruin »). La disharmonie et la progressivité instillée ici et là (au début de « Tomb of Andesite » ou dans les moments les plus tribaux de « Bone Ornament ») rendent la lecture presque surréelle, psychédélique. Si Rhûn s’amuse souvent à invoquer le multiple dans l’un, c’est pour en créer un parchemin nuancé de peaux pourries, celle d’aïeuls scandinaves révérés, depuis les tréfonds huileux de Portland.

Photo promo

L’orthodoxie de la forme laisse pourtant présager un fond plus romantique et fébrile - certains pans mélodiques côtoient le sublime, comme sur le pont scindant « Howl of Gleaming Swords » en deux, ou le psaume paganisme qui traverse « Night’s Glacial Passing ». La glaciation de la mort s’est abattue dans la fournaise du studio, et quand bien-même Rhûn a invoqué les tambours bien zélés de Ray Capizzo, Conveyance in Death est marqué du sceau de la pénétrante pulsion misanthropique, d’un courage fendant sa propre condition. Et tandis que le chevalier tremble d’une dernière salve de vie, Rhûn invoque la possibilité d’une dernière guerre : celle que les morts mènent pour ne pas retourner rôtir dans les infernales fournaises de la vie.