Oldspeak

Oldspeak

Oldspeak
Oldspeak
Date de sortie :
11 Feb 2024
Label :
Autoproduit
,
Lieu :
Dayton, Ohio
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)
Chronique
Photo
Flo
03 July 2025
Oldspeak
Oldspeak
Date de sortie :
11 Feb 2024
Label :
Autoproduit
,
Lieu :
Dayton, Ohio
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)

Tassement acoustique

Autour de piliers de bois rongés par les xylophages s’élèvent quatre murs de planches sèches. Une charpente malingre structure à la diable la cabane, l’enfonce dans le panorama de fougères brunies et d’herbes sèches. Au loin, les membres rachitiques d’un bosquet tendent leurs tristesses végétales vers un sentier oublié des bêtes elles-même. Seule l’imposante menace d'un pylône pulvérisé continue à extirper cet îlot d’effroi au-delà des griffes de l’informe, et d’en colporter en spasmes électrostatiques l’ancien langage, celui du néant.

Seule l’incroyable perspicacité de Jason Watkins dans son acharnement synthétique l’aura poussée hors des soupirs de Mouth of the Architect, à la recherche d’un nouveau foyer de désolation. C’est au cœur de l’Ohio brumeux qu’il parviendra à reconstruire l’arc expressif d’un sludge metal lent et noueux, nimbé d’amples cannelures atmosphériques. Sur ce premier album éponyme, les voûtes instrumentales reprennent les sagesses des œuvres passées, mais l’apport électronique, diffusé en couches gelées de synthés, s’avère encore plus travaillé que sur Mouth of the Architect

Le larmier de la bâtisse est volontiers poussiéreux, fait de riffs monolithiques qui s’abattent dans des complaisances mortuaires les uns sur les autres (« Ladder of Self Destruction », « Precession »). Leur tronçonnement entêtant et métallique est amplifié par une arcature plus aérienne et mélodieuse, délivrée en murmures réverbérés par des guitares aux grâces quasi post-rock (« Sun Destroyer » ou « Black Static and the Great Redeemer » contiennent de magnifiques expressions ciselées).

A ce jeu d’énigmes rythmiques au temps délibérément dilaté, s’interposent deux  intermèdes bruitistes rappelant le lieu à l’angoisse de son peuplement ( « Drawing a Circle  », « Temple »). La folie vibre comme un essaim de mouches noires jamais rassasiées de chairs tuméfiées, et dans les contreforts ligneux de la cabane croît alors une rumeur de désolation au goût de terre pourrie : la voix de Jason Watkins nous rappelle la colère, la hargne et la fragilité de l’humain, fibre de vie jetée dans l'édifice répudié.

Le torchis minimaliste et expérimental de Oldspeak, brillant mais jamais inquisiteur, sait aussi laisser parler les samples diffus et les passages acoustiques énigmatiques, comme l’introduction magnifique et pâle de l’épopée  « Ladder of Self Destruction », qui combine toute la saveur et la variété de l’album. Nerfs des cordes, muscles de synthés-drone polaires qui s’échappent souvent de leur seul rôle d’accompagnateur pour devenir les véritables conteurs de ces fresques mouvantes, l’habitation canonique vibre et tente d’imprimer dans la vastitude de l’espace son discours intemporel - celui d’une bâtière à deux versants, l’un abrupt, âcre et désolé, l’autre plus songeur, introspectif et cérébral.

Sous une terreur faussement monochrome, les structures et sons de Oldspeak se superposent à notre conscience. Refluant leurs grooves épiques, les solives de la cabane se rejoignent dans une triste splendeur. De ce grand tassement acoustique, un unique épigraphe culmine sur l'édifice en proie à la destruction : création.