



C'est la Vie
Noir Goupil
C'est la Vie
Noir Goupil
Fox Populi
Je crois que l’existence m’évite. Le bonheur m’évide. Le jour médite sur ma propre médiocrité. À chaque jour surgit sa peine, j’enchaîne les déveines et me prélasse dans les ombres sales des mois creux. Je suis le témoin solitaire d’une figure triste. La vie, hé oui, sonne et m’assomme, en vain.
Réhaussant au sombre marqueur les balafres indélébiles de la mélancolie, Noir Goupil nous propose de tailler un bout de trottoir avec son ramassi de vie - C’est la vie. Neuf titres variés, liés par une douce sombritude qui puise dans les expériences personnelles de Sylvain Bossard, et portent leurs robustes inflexions dans le champ d’un post-hardcore à peau tendue, rugeuse, émotive.
« I'm a stranger in this shifting scene, Lost in dreams of what has been. »
Tour à tour plein d’une colère de cris libérés (« But Don’t Listen Too Close », « Mountains Don’t Talk ») ou d’une introspection lyrico-tourmentée (« Nostalgia Grips »), l’album marche sur l’arrête de ce « bruit intérieur » que dépeint en autonomie le sombre renard, au regard hagard. D’égarement, il est pleinement question, à commencer par l’artwork qui nous rappellerait un vieux souvenir d’enfance retrouvé sur le celluloïde rongé par les souris d’une boîte à diapo du grenier de la maison d’enfance. Aigres-douces, les paroles qui émaillent cette musique donnent ensuite un rythme constant à cette danse désœuvrée. Le rock libre transpire enfin ces après-midis sans fin, passés dans une maison vétuste et mal aérée, seul avec ses drôles d'idées non-germées .

C’est la vie est surtout un album de spleen électrifié, amplifié par la voix fragile et mutante de Sylvain. Les deux très bons instrumentaux « Lava Cloud » et « Letter » nous amènent aux confins d’un territoire post-rock, une veine que l’on retrouve également dans certains crescendos subtilement construits. « Fuel The Fire » « The End of the Sun » ou « C’est la Vie » transpirent quand à eux d’un accablement calme-dur de blasé de fond de classe, avec le regard presque insouciant posé à deux pas de la joie de celui qui accepte et s’abandonne aux fracas de ses inextricables sentiments. L’appel post-apocalyptique du video-clip « Never Listen » termine l’écoute dans la plus douce des déroute : tandis que le bruit des guitares se fond dans l’épaisseur du feuillage, le survivant malgré-lui se surprend à sourire, reclu tétant le goulot d’une bière tiède, adossé à sa vieille bagnole, sur la rive d’un lac oublié.
« Brag about never crying
you haven’t figured out why yet. »
Si Noir Goupil est bien ce « personnage qui avance sans résolution », celui qui porte et supporte des voix multiples et contradictoires dans sa tête, qui se tient stoïque dans le brasier d'une vie qu'il ne cherche plus à maîtriser, qui ploie mais ne rompt pas devant les erreurs, les échecs, les « j’aurais pu », c’est surtout un alter-ego de nos démons. Ceux des populeux peu scrupuleux, de notre doom génération, façon Araki en anorak, qui voit le monde comme une abysse molle mais fatale, à laquelle on ne se soustraira jamais. Une sorte de Mal mal dégrossit, un peu ridicule, surement terriblement mortel, dans lequel on est né et l’on se débat - pour la forme, un peu, pour les autres, surtout. Porter des pensées furtives aussi réfrigérantes dans un album D.I.Y d’une amabilité bien chaude, c’est forcément une gageur. Thanks, goupil !

