



Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards
L'Idylle
Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards
l'idylle
Effondrement cathartique
Cher journal, j'écris ces quelques lignes entouré·e par les tombes, par une froide nuit d'automne, doucement effleuré·e par la pluie qui tombe telles des larmes qui ponctuent mes sanglots. Du bois qui se tient par delà les murs du cimetière semble émaner une musique singulière : quatre silhouettes dansent et hurlent leurs émois dans le fracas des instruments métalliques, rugissant de leurs voix écorchées et portant les échos des âmes qui trop souvent, n'ont nulle part pour crier.
Doucement des mots se posent sur les pages : bercé·e par le bruit souterrain des flammes du Phlégéton, ma colère s'embrase, avant d'emporter avec elle les quelques souvenirs du monde heureux qui survivait quand le soleil des beaux jours brillait encore. À leur place s'installent des silhouettes de villes sombres, où résonnent le bruit des bottes, tellement similaires au quotidien morose que l'on ne connaît que trop bien maintenant. Face à de si terribles visions, comment ne pas essayer de retrouver la lumière qui nous guidait à nos départs, quand elle nous est brutalement prise sans rien nous laisser ? Comment retrouver mon soleil quand le rythme des machines essaie de me prouver que sa lumière s'est éteinte ? Je ne me retrouve plus dans les éclats de mon cœur brisé, ne vois plus mon reflet dans les miroirs posés par la pluie sur les tombes humides, plus que vide, errant au rythme des mélodies ambiantes. Oublié·e et prêt·e à disparaître sans que personne n'ose s'en remémorer. J'entends au loin un orage approcher, ses éclairs meurtrissant le ciel comme la mine de mon stylo déchirant maintenant les pages de mon carnet humide. Le vent porte des cris et tourbillonne jusqu'à ce que même le silence de mes pensées se taise. Plus rien ne résonne à part leurs pleurs et leurs peines : tel un ouragan de voix qui m'emporte, de tout côté, la rage et la peine tonnent de concert avec mes derniers espoirs qui s'envolent, jusqu'à éteindre le dernier éclat scintillant de l'amour éphémère qui un jour nous unissait.
Ceux-ci seront mes derniers mots : allongé·e dans une alcôve cachée de tout, j'attendrai l'hiver qui mettra un terme au rythme, et si tu ne me trouves pas d'ici là, Pardon pour mon absence, je suis allé mourir à l'abri des regards.
On est le jour après tes funérailles. J'ai trouvé ce carnet à tes côtés, comme un dernier adieu transmis par ta prose. Je suis en colère. En colère que le monde répète les mêmes horreurs encore et encore, que de telles lumières comme tu l'étais soient poussées à disparaître emportées par le désespoir. Ne t'inquiète pas, on ne se laissera pas emporter. J'ai rencontré les quatre âmes qui jouaient la musique qui t'accompagnait ce soir-là. Elles m'ont rassuré d'une chose : quand le monde s'effondre, il reste l'amour qui nous unit même dans la plus sombre des tristesses, qui liera nos forces et fera perdurer nos ardeurs et celle de ceux qu'on a perdu. Pour tous ceux-là, pour ceux qui sont encore là et pour ceux qui seront là après nous, nous nous devons de persévérer, transformer la tristesse en art et laisser nos cœurs s'embraser pour nous guider comme des torches à travers les plus noires des nuits.
« Le monde s’effondre tout autour, mais il reste de l’amour »

