Zwart vierkant: Slotstuk

Grey Aura

Zwart vierkant: Slotstuk
Grey Aura
Date de sortie :
28 Mar 2025
Label :
Avantgarde Music
,
Lieu :
Utrecht
(
Pays-Bas
Pays-Bas
)
Chronique
Photo
Flo
02 October 2025
Zwart vierkant: Slotstuk
Grey Aura
Date de sortie :
28 Mar 2025
Label :
Avantgarde Music
,
Lieu :
Utrecht
(
Pays-Bas
Pays-Bas
)

Cette folle et suprême abstraction

Démantèlement physique - Je corrode la représentation, j’abolie les faits. Quintessence immatérielle -Je suis pur et sans forme, absent de toute autre réalité que la mienne. Ultime confin dimensionnel - quatre quêtes absorbées eu un absolu néant, projetées dans l’infinie mysticité d’un parfaite plasticité : la perfection.

Une aura grise s’abat sur l’écrit de Ruben Wijlacker, tendant le miroir du suprématisme, ce courant artistique du début du XXème siècle représenté par Kazimir Malevitch (1878-1935) qui cherche, à travers de nouvelles voies plastiques, à renouer avec une pureté spirituelle d’un monde sans objet - un univers parfait de pure abstraction. Reprenant le fil narratif tissé sur sa première et déjà phénoménale création Zwart vierkant (2021), les penseurs rythmiques de Grey Aura mènent l'obsédante quête artistique de Pedro (protagoniste du roman) à sa grinçante apogée. Dans un jeu fascinant de miroirs déformants, le père conteur devient le ventricule mère d’expérimentations sonores retranchant l’origine -ce qui fut jadis, à l’origine, du Black Metal- dans l’incroyable incarnat délivré avec tact et fébrilité.

Parfaitement promu par le très qualitatif label Avantgarde Music, Slotstuk reprend et perdure le fantasme créatif de Malevitch qui, à travers l’élaboration de son huile sur toile « Carré noir sur fond blanc » en 1915, cherchait à rallier une quatrième dimension de la réalité, celle d’une parfaite élucidation n de l’existence. Etrangement, l’avant-gardisme extrême des hollandais suit les contours nets de son propos, menant l’expérimentation de la dissonance et l'excentricité romantique du jazz et du post-punk dans une impalpable et géniale matérialité. Dès « Daken als kiezen », L’étrange rembourrage des riffs épileptiques et de la batterie fantasque ploient sous la pesanteur de leur propre chaos maîtrisé. Sur ces impudiques plissements se plaque la complainte litanique de Ruben Wijlacker, qui balafre l’horizon artistique d’une déchirure monocorde et presque démente.

Photo promo

Dans ce combat spongiforme, les intermèdes romantiques (le début de « Een uithangbord van wanhoop » et les trois autres titres de moins de deux minutes) ramènent la partition à une matérialité douce mais relative, car sitôt dispersée dans un enchevêtrements de violence pantelante, de démembrements psychédéliques aux frôlements jazzy, d’où d’hystériques leads de guitares se soustraient parfois. L’organicité de la production érode l’assurance, jusqu’à ce que le voyage de Pedro se termine dans l’affolante concrétisation de sa quête, dans ce cataclysmique anéantissement de sa (et de toute) rationalité. « Slotstuk »  est là - pièce finale, création dernière : le vide, dans ce qu’il a de plus effroyable, radical et pur. Après la cacophonie rugit jusqu’à l’excès, la source vitale s’assèche dans un decrescendo de murmures froids comme la mort - la mort, cette parfaite incarnation du vide cosmique, de l’abstrait existentiel.

Jouant des extrêmes comme l’attraction-rejet caractérisant le suprématisme de Malevitch, Slotstuk étend son extatique furie sans paraphrase ni brusquerie, confondant son propos avant sa nature : celle d’un noir metal scintillant de concrétions créatives, et pourtant incroyablement démantelé et imaginaire. Grey Ayra joint là une sorte d’aboutissement, une incarnation du « Gesamtkunstwerk » tant convoité : son oeuvre ultime.