Primal

Fátima

Primal
Fátima
Date de sortie :
03 Feb 2026
Label :
Black Robes Records
,
Lieu :
Paris
(
France
France
)
Chronique
Photo
Flo
February 16, 2026
Primal
Fátima
Date de sortie :
03 Feb 2026
Label :
Black Robes Records
,
Lieu :
Paris
(
France
France
)

Je suis velu, j'ai vu, j'ai vaincu

Etonnez-vous donc, mais Sasquatch sait parfaitement manier la plume et l’encrier. Rassurez-vous, il n’oubliera pas de puiser dans ses racines préhistoriques quelques pileux et peu pieux souvenirs. Réjouissez-vous, il esquissera de ses grands bras quelques danses primales afin d’ébouriffer le poil rare, gras et cassant de son cousin Humano abruticus. Ne tentez pas de le remercier, car il a beau avoir l’oeil rouge et la dent cariée, Big Foot à un Big coeur.

En une cinquième préparation surréaliste, Fátima sépare le jaune du blanc sans laisser trace de coquille, et fait monter la pâte 100% artisanale d’un nouveau clafoutis affriolant : Primal. Ici, le gras du moule colle au paléolithique. Jusqu’à son artwork à la modélisation toujours aussi iconique, on est projeté dans une à-peu-près histoire qui, l’air de rien, brise la glace et son ère avec une spontanéité joyeuse et une force créatrice éblouissante. De ragoûts ragoûtants en vénérations vaillantes, le trio peaufine une recette déjà bien éprouvée (et approuvée), celle d’un stoner saturé de grunge énigmatique, parfois paré de prostrations doomesques. Peu discernable à l’écrit, l’évidence d’un groove rock grêlé d’idées fraîches saute aux tympans, sur 8 titres qui ne laissent jamais le temps au remplissage - faire bien avec assez peu, c’est déjà beaucoup !

Fát(i)ma n’a pas perdu la main : chaque mélodie du grand pied fera son petit effet, se réconciliant ici avec l’intensité rythmique de Turkish Delights (2020), poussant même une masse inédite et plus imposante que jamais au devant de ses compositions - dès l’incroyable entrée qu’est « Sassquatch », on saisit la lucide pesanteur du propos. À l’efficacité des renflements sombres se joint la diversité des paléo-paysages parcourus à mémoire de monstre : du full-fuzz « Mammoth Graveyard » au lancinant « Gazelle Horns », du velouté « Dog Ham » à l’épique « Primal », du dromadaire-enragé qu’est « Killer Wart Hog » au tube maîtrisé « Chilled Monkey Brains », c’est toute une frise antique (mais jamais en toc) qui nous défrise le tif.

Back cover de l'album - photo promo

Sous le chant éraillé et chaque fois plus maîtrisé d’Antoine, la basse de Maxime claque comme un silex tranchant, doublant l’intensité percussive de JC. Qu’elles soient en assises boueuses ou en assauts de leads orientaux, les guitares sont des merveilles d’inspiration. La production, brûlante et nourrissante, accroît cette sensation de goûter à une plantureuse plâtrée.

Déjanté jusqu’à l’os, rude comme un sandwich au granit, avenant comme un smilodon apprivoisé, Fátima a réussi l’exploit de faire de sa musique un four constant, sans sentir le réchauffé et encore moins le brûlé : dans les gourmandes réminiscences du grognon Yéti, le grammage est parfaitement pensé, pesé, assimilé. Victoire écrasante du primitif.