



Murmuration
Darius
Larsen Lupin
De ses griffes, il lacère les hésitations, de sa langue, il cautérise les doutes. Destructrice-guérisseuse, la bête évolue dans les landes opaques d’une chasse-gardée, abandonnée à la ferveur pulsatile de sa quête erratique.
Sans se grimer comme un gentleman cambrioleur, Darius met à sac sa propre esthétique au cours d’un quatrième LP qui s’annonce comme l’aboutissement de dix ans d’affinage. Cette sonne perceptiblement la maturation d’un Post-Metal scrupuleusement martelé, rendu ample et intacte depuis ses grooves retors jusqu’à ses accalmies lunaires.
Si le régime de l’orthodoxie « post » est assimilé avec un professionnalisme et une sensibilité méthodiques, dans les artères du lycan croît également le génome d’un son vindicatif et noise qui refuse de trop s’étendre sur la mélodicité pourtant omniprésente (le tube en puissance « Ail Huile », le presque guilleret « Bilzibute »). L’enregistrement live-studio, assuré impeccablement à The Apiary Studio, contribue clairement à animer le souffle distordu du monstre d’une aura organique, quasiment Math Rock dans ses versants les plus techniques, renforcée par des dynamiques très marquées, un souci du détail une tension constamment palpable entre les graves (le duo batterie/basse, ronflant, cadencé et solide) et les tranches plus aiguës des guitares.

De ce mur du son au punch épique suintent certains sucs très intéressants, aux ferments progressifs comme sur le stroboscopique « Fritto Misto » ou l’excellent « Raccoon », aux mixtures plus industrielles et Post-Punk sur « Norbert » ou « Nuée ». En incarnant ces figures classiques jusqu’à leur point de rupture, Darius mute dans une nouvelle conscience, massive sans être pesante, incarnée par une force brute qui transforme l’homme en une bestiale entité aux si vives foulées.

