Not Here Not Gone

Blackwater Holylight

Not Here Not Gone
Blackwater Holylight
Date de sortie :
30 Jan 2026
Label :
Suicide Squeeze Records
,
Lieu :
Portland
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)
Chronique
Photo
Flo
March 9, 2026
Not Here Not Gone
Blackwater Holylight
Date de sortie :
30 Jan 2026
Label :
Suicide Squeeze Records
,
Lieu :
Portland
(
Etats-Unis
Etats-Unis
)

Racines de rêves

Les songes épongent les choses que l’ordinaire n’ose dévoiler. Dans leur lente orchestration, ils puisent dans l’ombre des nuits diffuses des germes de sagesse. Derrière l’ancrage voilé de nos certitudes, ils nous donnent un peu de cet élan secret qui nous questionne, nous pousse et nous tend vers des possibilités inavouées, pourtant sans cesse renouvelées. Sans songe, peut-on vraiment se réveiller ?

Il y a du rêve dans le grain sonore de Blackwater Holylight. S’il s’avère envoûtant comme une fable, rugueux comme une douce folie, c’est que cette dérivation intérieure a été vécue, matérialisée et diffusée par le trio féminin dans le fracas du changement. Dans ce contexte de déracinement - un déménagement significatif, Not Here Not Gone incarne ce territoire nouveau, ce sens à recréer quand tout semble revenir à ses balbutiements. Sur cette friche que l’on pourrait appeler Los Angeles, une nouvelle identité a plongé ses radicelles loin de Portland et des rumeurs habituelles, dans le terreau des strates sinueuses. Le passé se lie au présent, et si le son est toujours songe, il ronge désormais l’enveloppe-même de sa destinée.

photo promo

En tons clairs-obscurs, rougeoyants comme un bain de sang matriciel, le doomgaze de Blackwater Holylight est nébuleux, étincelant, éclaboussé de tâches menaçantes, inondé de lumières sauvages. Puissant vecteur de beautés mélancoliques, les compositions gagnent en rudesse et en densité, alliant souvent des sensations angéliques et introspectives - portées par la voix diaphane de Sunny Faris, à des instrumentations écrasantes - l’aura doom-stoner du groupe est toujours bien assise, débridée parfois-même (« Spades »). La merveille des mélodies « How Will You Feel », « Involuntary Haze »), la ramification des ambiances éthérées (« Bodies »), le chatoiement d’un psychédélisme halitueux (« Poppyfields », superbe final) surprennent constamment. En jouant de contrastes saisissants, la douceur duveteuse murmure ses vapeurs, élève sa courbe puis se fracasse sur une lame de fond monolithique (« Void to Be », « Mourning After »).

Des structures simples mais des passions complexes amènent Not Here Not Gone par delà ce qui déjà, fut vécu, créé et précieusement conservé. Mené par la beauté ivre qu'amène toute décision forte, Blackwater Holylight délivre une oeuvre intime et réflexive, portée sur des lignes de tensions émotives réinventées, ravivées par les miroitements pigmentés d’un avenir incertain et féroce, qui a en lui tout pour être radieux.