



Always and Never the Same
Benedicte Maurseth & Ensemble neoN
Always and Never the Same
Benedicte Maurseth & Ensemble neoN
Eau Cristalline
Emportée par les ruisseaux d’un ailleurs, difficile à imaginer mais qui se révèle être une évidence dès qu’on y entre, Benedicte Maurseth, accompagnée de l'Ensemble neoN, nous guide, son violon Hardanger à la main, quelque part entre l’aube d’une naissance et le crépuscule d’une vie.
Always and Never the Same, son nouvel album, résonne comme l’adage d’une vérité intime, une ode à l’avant et nous replonge dans la douceur de l’enfance, cette période où le temps semble s'étirer mais se délite aussitôt vécu, et dont les souvenirs persistent par fragments, comme des bobines de cassettes vidéos aux images ternies par le temps et la moisissure. C'est de ces albums-là qui nous transportent à nouveau dans ces mondes imaginaires que l’on bâtissait de toutes pièces, et qui étaient en réalité le miroir de nos paysages intérieurs, en pleine expansion.

Des mélodies tantôt insistantes et tantôt silencieuses, comme un langage sans mots tout juste en train de se former. Celui d'un regard curieux, tourné vers l’extérieur. Les murmures délicats de la cithare, des guitares et du luth, doux comme une caresse, viennent apaiser un fardeau alors invisible : le fardeau de l’existence que porte l'enfance en silence et que seule l'émancipation rend enfin perceptible.
Peu à peu, le décor se transforme. Il s’adoucit, puis s’assombrit. « Without Path, Endless Field » nous entraîne dans une traversée sonore de plus en plus sinueuse, entre vertige et hésitation, un rituel troublant qui nous ramène au berceau du vivant, au cœur des terres fertiles. Quelque chose s’abandonne, comme un don que l’on se fait à soi-même, et auquel, paradoxalement, on renonce. Puis survient l’éclosion, l’énergie libérée de cette torpeur laisse place aux lueurs du jeu et du rire. Le voyage se poursuit vers des mondes dont nous peignons peu à peu le décor et les personnages.
Arpèges scintillants, douceur mélancolique, un entre-deux suspendu, où l’on expire le poids des maux, où la gravité s’allège jusqu’à la lévitation. Des bruits parasites persistants tourbillonnent et s’intensifient, puis se perdent dans l’immensité, là où le silence devient guérison. « Contented Pelicans » nous revient au fil de l’album comme un rappel de l’origine. Au loin, résonnent les babillages de petites créatures attachantes, gardiennes d’une faune et d'une flore venues d’un autre temps. La voix de Benedicte Maurseth, berçante par sa délicatesse, vient clore cet album, nous léguant ainsi l’héritage de sa transe musicale.
Quelque chose de précieux s’est enraciné dans les terres fertiles de notre inconscient. Peut-être aurons-nous la chance et le courage de le rencontrer, dans les murmures d'un album ou dans ces instants fragiles que sont nos rêves.

