



Dvne
+ My Diligence
Prose des sables
Ils sont devenus minuscules les grains de minéraux qui se frictionnent, agités dans cette mélodie inaudible qui les façonne. Les plus attentifs y ont reconnu l’authentique symphonie d’un chaos géométrique, les répercussions harmonieuses du fracas de forces impétueuses. Une fleur est née des cristaux recomposés.
My Diligence
Amarré et déposé sur une Seine décolorée par les nuages surplombants, le Petit Bain accueille en son bord une soirée Post-Metal aux allures de rêve lucide, cosmique et transcendantal. Au travers de la bruine, tout en traversant le pont de fer qui nous sépare de la terre ferme, nous revient le souvenir vaporeux d’un Post in Paris que cette embarcation avait déjà mené à bon port l’année passée.
Nous embarquons à notre tour dans la grisaille pour le voyage, rejoignant bientôt au cœur du navire les adaptes déplacés en nombre pour recevoir des psaumes de couleurs. C’est quand apparaissent sur scène trois cavaliers de l’Apocalypse que My Diligence s’élance à grandes envolées psychédéliques dans une course au grand galop et aux tirades épiques, dévalant une dune de sable dans le crépuscule naissant. La cavalcade nous entraîne dans le désert dévoilé où le vent brasse déjà l’air de la salle chargée d’humidité. Le paysage se dessine, la vallée entourée de montagnes rouges nous enlace de ses nuances pastels lorsque sont offerts les trois premiers morceaux de leur dernier album, Death.Horses.Black, tout juste débourré. Une trilogie qui nous lance à la poursuite d’un train en marche aux côtés de « Death », « Horses » et « Black ». On peut apercevoir au travers de la fumée et de la poussière, des cavaliers experts tirent fort sur les reines de leurs guitares dans des rythmiques de galopade tonitruantes. Le fond de scène craquelé comme le cuir de leurs selles usées par les voyages semble s’effriter, ébranlé par les ruades sur le sol aride. Nous sommes désarçonnés dans l’assaut par les changements brusques d’allure de cette chevauchée sauvage. Le sable chaud fouette nos visages contemplatifs. Exalté et exaltant, le groupe défait peu à peu les entraves avec lesquelles nous sommes arrivés, délivrant un set aux harmonies déchaînées et oniriques. Ils nous contaminent de cette force libératrice qui les anime.
La pluie qui s’abattait dehors emplit maintenant les moindres interstices des vestes en cuir desséché, quand le groupe fait tomber la foudre sur la foule dans un final éclatant et électrique avec « Allodiplogaster Sudhausi ».
Dvne
Le sable en suspension a été déposé, lavé par ce dernier morceau portant le nom d’un ver cannibale microscopique dont la ressemblance avec le géant Shai-Hulud de la saga Dune est certaine : la transition est parfaite.
La foule se disperse à peine avant que les apôtres de Dvne ne viennent se poser sur cette plaine redevenue calme, éclairée par une lune rousse. Ayant repéré la scintillance sur le sol remué, l’équipage se présente pour récolter son dû, s'engouffrant dans le calme après la tempête pour déclencher un véritable orage solaire. Entre les rayons de lumières qui vont vers le ciel et les cris d’adoration des fidèles, les guitares aux cordes doubles creusent d’harmonies aiguisées nos couches sédimentaires rigides, tandis que des machines rythmiques turbinent fort à l’arrière. À la lueur de leurs écrans de contrôle, les pilotes du tout neuf terraformeur Voidkind pilonnent les aspérités qu’ils rencontrent avec enthousiasme, dans un relâchement contrôlé qui atteste de toute leur maîtrise. Dvne démontre l'étendue de son talent sur le terrain. Un air étouffant nous atteint par vagues successives quand survient « Abode of the Perfect Soul ». Les élans de chaleur sont chargés de la substance brillante tant convoitée. Nos faciès s’abaissent dans les projections abrasives et hypnotiques, se relèvent marqués par la transe induite. Pendant « Reaching for Telos » nous nous rassemblons en une procession compacte, reconnaissante du mirage qui est présenté et de la beauté de l’ivresse accordée. Nous approchons de la « Cobalt Sun Necropolis » en suivant les vociférations qui résonnent entre les dunes. Les fracas de « Sarmatæ » ont attiré la bête qui s’élance dans le sol mouvant pour répondre à l’appel, et tous nous engloutir. Elle brise les gros chevrons de la machine, pulvérise son acier épais. Les abrasions se dispersent et donnent maintenant à l’étendue désertique une senteur presque saline. Dvne s’éclipse, disparaît derrière la lumière rouge et brûlante qui assomme, nos oreilles encore ébahies par tant de cohésion et d’intensité.
Après le silence, le final se déroule dans le souvenir des disparus. Pour panser une dernière fois la planète excavée, et imprimer à jamais ce voyage dans notre mémoire collective.















