



Igorrr
+ Imperial Triumphant + MBR
Nerf à souder
Prostré devant une plaquette verte, j’ai bientôt terminé d’y assembler les minuscules composants organiques. Par à-coups successifs, je dépose des larmes métalliques sur une calligraphie d’or si fine qu’il me faut une loupe pour bien la suivre. Mes yeux sont fatigués et irrités, la lampe de chirurgie au-dessus de moi frappe mon ouvrage d’une lumière aussi aseptisée que la pièce dans laquelle je me trouve. Après une dernière soudure à l’odeur de plastique chaud et de synapses carbonisées, j’approche le cortex achevé du corps inerte. Dans son crâne ouvert, je connecte le circuit aux dernières terminaisons souples et visqueuses disponibles, avant de m’étendre à son côté. L’enveloppe est enfin prête à me recevoir. À chaque respiration, l’air racle un peu plus mes poumons abîmés comme du papier de verre. Dans un instant, je serai enfin moi de nouveau.
Master Boot Record
Un flash de lumière sur un écran cathodique et la décharge s’étire, le tableau de bord se met en marche. Des diodes qui s’agitent frénétiquement indiquent que MBR fait trop chauffer ses résistances. Les lignes de code sont transmises à grande vitesse par impulsions successives de leurs guitares électroniques, au travers d’un flux consistant de synthétiseurs à la texture de disques durs en écriture. Le courant nous inonde en continu. Dans cette tempête statique, les saccades rythmiques d’un lecteur de disquette enrayé s’accordent aux claquements alternatifs de relais hyperactifs. La séquence d’allumage se termine sur un sursaut, le corps allongé se crispe un instant avant de se détendre. Le fond de l’œil s’illumine et des lignes apparaissent dans son bleu :
Boot sequence initiated,
Host memory remapping to new disk…
Imperial Triumphant
Les pantins mordorés d'Imperial Triumphant s’éveillent, désarticulés et titubants comme s’ils utilisaient pour la première fois leurs membres. Masqués par les visages d’autres et éblouis devant toute cette lumière, ils sont animés par des âmes empruntées qui ne leur appartiennent pas. Ils projettent, dans une musicalité erratique et viscérale, tout leur désarroi face à ces nouvelles sensations beaucoup trop fortes, beaucoup trop intenses. Les nerfs à vif font tressauter leurs instruments dans des secousses crispées de moteur corrodé, démarré à froid. Les cris de leurs articulations détonnent avec leurs expressions figées, le métal se tord et se façonne dans une agonie perceptible. Ils s’éloignent dans la convulsion pour rejoindre une errance suffocante, là où le silence est d’or.
Igorrr
J’ai trop erré sur cette planète, l’heure de l’Apocalypse est venue. Igorrr désintègre nos corps fragiles dans le souffle chaud et décapant de ses turbines lancées à plein régime. Les rouages massifs pulvérisent la terre et la chair, ne laissant qu’une bouillie fumante qui servira de carburant sacré à ses fanatiques mech-apôtres. Arborant des soutanes maculées de boulons souillés, ils arpentent sans relâche les restes poussiéreux d’une humanité perdue, à la recherche de ses restes organiques aux origines incertaines. Ils en remplissent leurs reliquaires suintants à ras bord, avec une gourmandise non dissimulée. Leur frénésie est inévitable, implacable et virulente. Je vois l’humanité se dégrader, les plus affamés manger les plus affaiblis. Dans une dernière envolée lyrique au goût de fer, je m’allonge au bord du gouffre pour mieux y admirer le néant qui approche. Enroulé dans un suaire, ma peau synthétique se désagrège. L'obsolescence programmée viendra me sauver de cet enfer, et son pied écrase violemment ma tempe dans un cri numérique assourdissant.





























