



Månen ska lysa din väg
Svarta Havet
Un terrier comme refuge
Une dernière fois, je me blottis contre mes frères, dans leur fourrure éternellement douce. Je ne sortirai plus le museau dans cet air froid. Il embaume la charogne. Je ne poserai pas mes coussinets sur ce sol désquamé comme une lèpre végétale qui s’est répandu sur les mondes. La nature est devenue sèche, creuse et infertile comme le coeur de ceux qui l’ont détruit. Le chasseur est devenue proie. Une dernière fois, j’inspire l’air chaud et étire mes membres dans le moelleux des miens - bientôt, nous ne seront rien.
« Längs med bråddjupets kant
Låt mig försöka överleva »
« Au bord de l'abîme Laisse-moi essayer de survivre » - extrait de « Avgrunden »
Puisqu’il faudrait vivre cet album comme un voyage -celui d’un combat entre une sagesse naturelle (et sa cohorte d’arbres et d’animaux) et une menace anthropocène bien trop réelle- Svarta Havet nous invite à devenir animal et à fendre-coeur un ennemi déjà vainqueur, dans un dernier élan d’amour sage et de rage désabusée. De l’abris drapé sous des franges lunaires (« Göm Dig »), l’on parcours en tempos fous les arbres endeuillés de « Härlig är Jorden », avant que l’effroi salutaire de « Avgrunden » nous pousse à vivre dans le chaos, et que les flammes de « Alla sover » ne balayent la carcasses d’hommes aliénés - derrière ses écrans-illusions, le destructeur s’est condamné lui-même. Tout s’écroule, et il dort, et il rêve de ses propres malheurs qu’il ingère absurdement.
« Tvåbenta
Självutnämnda härskare
Som vrider den sista droppen
Ur allt som lever »
« Bipèdes Dirigeants autoproclamés Qui détournent la dernière goutte De tout ce qui vit » - extrait de « Djur »
Au fil de la débâcle, le désespoir des sensibles fustige l’égotique bipède qui, peut à peut, devient le pire des animaux. Ici, la bête est plus humaine que l’Homme. La bichromie du Blackgaze (ce mélange de fureur Black Metal et de candeur naïve et épique du Post-Rock) est parfaite pour détourer la profondeur du sens déployé. Quant aux crépitations punk, nettement présentes sur certains breaks (« Alla sover » ou « Djur ») et ruisselant plus généralement sur le mixage affilé et les nombreux micro-changements internes à chaque morceau, elles dotent la créativité de Svarta Havet d’un nouvel écho de singularité.

« Stig ner från din höga häst, bortkomna djur
Se vad du har gjort, och vad du har förstört, lilla människa »
« Descends de ton cheval, bête perdue. Regarde ce que tu as fait, et ce que tu as détruit, petit humain » - extrait de « Misstag »
L’oeuvre est à charge, mais sous les tourments témoignés germe pourtant une sorte d’espoir d’apocalpyse. Dans un anéantissement des conquêtes humaines, La terre est belle, mais l’abîme l’a englouti. Månen ska lysa din väg fond sur nos âmes, dans ce royaume trahit par une créature à la perfection déchue, comme une sublime ôde à ce qui, demain, ne sera plus - et que l’on se doit de remémorer avec une pointe d’amertume, un océan de tristesse et, peut-être, un succédané d’acceptation placide. Il serait dommage de ne voir qu’une essence particulièrement puissante de Blackgaze réhaussée de Crust-Punk dans cet album aux mélodies transcendantes. Les finnois Svarta Havet proposent un lyrisme bien plus profond, qui sous-tend chaque morceau à l'antispécisme féroce, à l’engagement environnemental vibrant d’émotivité, conjuguant la force de son message universaliste à travers de bien aveuglantes ténèbres. La poix côtoie le lait sur chaque morceau, scandé dans un suédois (et non finnois, étrangement) rageur ou imprécateur. clos ce pamphlet dans une sorte d’étreinte quasi-chamanique, avec la sépulcrale beauté de « Ditt rike ». Et alors que tombe le délateur et son royaume de pacotille, l’âme des tilleuls des élans et de toutes ces petites plantes et ces grandes bêtes souveraines, rejoint la foi du vivant, l’âme d’un dieu : le sauvage.
« Medan du ramlar handlöstFrån högsta toppen
Låt mig viska i ditt öra
Vad du trodde på, fanns aldrig »
« Pendant que tu tombes impuissant Du plus haut sommet Laisse-moi te murmurer à l'oreille Ce en quoi tu croyais n'a jamais existé » - extrait de « Ditt rike »


