



Snowblind
Jacob Kirkegaard
Tombeau de glace
L’étendue polaire dans laquelle nous errons depuis douze semaines a tout englouti. L’aérostat écrasé n’est plus qu’un souvenir brumeux, et l’expédition une froid reptation dont la finalité, tue par tous, nous brûle d’en-dedans. Dans le silence gercé de l’infinie banquise, nos peurs se briseront, notre ambition s’éteindra. Nous sentons la fin sans la voir pourtant : la glace nous a aveuglé.
L’espoir nous file entre les tempes, comme le guiderope a laissé l’équipage de Salomon August Andrée aux confins du Svalbard, en 1897. Si le temps a bien recouvert la tragédie, Jacob Kirkegaard l’a déblayé de son permafrost mémoriel, en y insufflant la froide et sombre ombre de sa marque musicale.
En explorateur passionné de sonorités tourmentés, il anime les territoires et leurs histoires d’ondes drone aussi envoutantes qu’accablantes d’intensité. Les micro-variations des field-recordings palpitent dans chacune des strates d’un son amplifié de pâles ascensions, dont les textures crépitantes comme les nappes atones et réverbérées évoquent parfaitement l’infinité cryptique des espaces polaires, où a chut Andrée et ses rêves de conquête du Pole Nord.
Le froid, la décrépitude et l’abandon s’exfiltrent intensément de cette B.O expérientielle, qui se vit autant qu’elle s’écoute. Dans cette étouffant sentiment de désolation, l’orfèvrerie Dark Ambient est poussée à sa plus pure maîtrise évocatrice. Kirkegaard nous fige le sang et nous rompt les os jusque dans son magnifique artwork, reliquat des restes de l’expédition retrouvés 30 ans après le décès de l’équipage, sur l’archipel de Kvitøya.

