



Elevation
Enshine
Un dôme par-delà l’émotion
Sur une crête acérée comme le tranchant d’une larme retenue sans jamais choir, je m’étends, m’affale, m’anéantis. Je n’ai pas le regard sur le sommet, je n’y parviendrai pas seul, j’ai essayé pourtant. Dans le vertige de l’élévation, je sais que tu es là (tu l’as toujours été). Je suis à présent certain que tu me porteras. Dans l’ether éternel, l’amour nous réunira.
C’est avec une sensation d’hyperventilation que l’on s’écrase devant le nouveau tumulus posé par les suédois de Enshine. Penseurs d’un Death Metal aussi mélancolique que mélodique, ils cheminent depuis 15 ans sur de discrètes cimes dont ils semblent pourtant les éternels bergers. Dans ces territoires d’une romantique pudeur (3 LP et un EP depuis 2009), ils sortent des origines et de la singularité pour puiser dans ce que leur son incarne avec une stupéfiante excellence : l’art de s’élever.
Dans ce bien nommé Elevation, il est effectivement question de vertigineux panoramas que l’on observe, en rêveurs agités, en esprits médusés par ce vent qui ravive nos plaies intimes. Sur cette petite somme de sommets bien alignés (8 pics qui culminent à un peu moins de 50 minutes), aucune motte rythmique, aucun roc lyrique n’est laissé au hasard : le growl grave, puissant et stoïque de Sébastien Pierre s’entrelace en permanence aux névés astraux de Jari Lindholm. Ces deux-seuls membres solitaires assurent cette symphonie où une brillante accessibilité nous vaporise la mémoire, nous replongeant dans les plus belles contrées d’un Melodeath européen largement fleuri de corolles Death-Doom à l’aura quasi-gothique, si elle n’était pas juchée sur des lueurs nettement plus astrales - les lyrics et pochettes du groupe l'attestent, comme de coutume depuis Origin (2013).
A la différence de ses débuts, Enshine a su raffiner son crafting pour insérer ses guitares finement ciselées, ses synthés chauds et ses imposants galops de double-bass dans un écrin d’épique solennité - qu’une production très propre met bien en exergue. En ressortent des tubes stellaires aux refrains écrasants (« Heartbliss » , « Soar to Fall » ou le pétillant de fin, « Reignite »), des hymnes à haute-densité lacrymale (« Where the Sunrise is Felt ») ou des entre-strates réflexifs (« The Moment »), autant de facettes d’une même poésie sensible, instantanément attachante.
Entre ses teintes douces-amères et ses assauts telluriques, Elevation résonne entre les vallées pelées, lançant jusqu’à son dôme lissé d’émotivité son inlassable cri. Il devient un azimut pour l’adepte, un joyau pour le profane.

