



Demersal
Demersal
Les souvenirs de l’amnésie
Dans une piaule du Syddanmark, un mur souillé de photos à demi-arrachées observe l’absurde ramassis d’os et de sang qui me compose aléatoirement. Ces observateurs déchiquetés mais si placides dans leur agonie, se sont les souvenirs de ma jeunesse. Pourtant, ils s’éparpillent dans ma mémoire dans un grand fracas vide. Quelque chose en moi refuse de se remémorer. La peine est trop grande. La peine étouffe tout. Sauf la colère.
Avec ce second LP, l’éponyme devient un champ urbain funeste et éthéré, une prison de la conscience ratatinée sur son angoisse pourrissante. Névroses parasitaires, paresses rampantes, déchirures sentimentales : le chaos hardcore de Demersal s’époumone et vibre sous un cortège crescendocore qui saisit directement la glotte, pour l’enserrer jusqu’à étouffer tout espoir. Dans le râle de l’égaré, la croyance à sa propre étrangeté, à l’effacement de toute cette grotesque existence, prime en tout état.

Souvent véloce, technique et saccadé jusqu’à une epyleptique auto-déflagration ( « Bedrager », « Will Never Shows », « Be Kind »), Demersal sait aussi se faire plus émotif et nuancé dans des retenues précédant les magistrales tempêtes d’un son devenu quasi Post-Rock ( « Something », « Androide Identiteter », « Vakuum »). Cette brillante inconstance atteint une paroxystique désillusion dans la déchirante « Som Et Barn Mod Dit Bryst » dont le kick de techno bunker surprend autant qu’il transporte … vers des hauteurs d’oubli. En faisant le bilan automutilant d’une jeunesse sacrifiée aux démons d'une société malade, Demersal incarne avec la force des désabusés cette hideuse harmonie qui nous transfigure tous : vivre sans vie.

