



Verdigris
Ben Chatwin
Requiem des âges perdus
Des potards omnipotents séparent les époques et les territoires en un élégant stratum. Le créateur pulvérise la source des savoirs, et inondé d’un crachin sonore, il songe, s’évade.
Dix ans d'élégantes expérimentations électroniques n’ont pas suffit à Ben Chatwin pour assécher son opulent flux de pensées acoustiques. En grand hydroscope de l’intimité mélodique, il redéploie dans Verdigris sa science de l’infiniment sensible, dans une succession de morceaux-membranes à la synthèse modulaire stupéfiante. Tapissé de saturations compressives et d’un granulat dense de rythmes brisés, chaque morceau renvoie ses propres réfractions, transposant métronomiquement une conception spirituelle et très cinématographique de l’Homme, la Terre, la Nature et de cette science mouvante qui décortique tout sans jamais en expliquer les ultimes frontières.
Des erratiques et défiants « Sawtooth » et « Petroglyphs » aux vastes élancements de « Pig Iron », Ben Chatwin accorde également un noble temps aux affleurements pensifs : le triptyque final « Ecology of Fear » / « Chorale » / « Elegy For All We Lost » distille un antique resampling de chorale médiévale dans les surcouches de synthétiseurs perpétuellement transitoires, éternellement enveloppants. Et c’est dans cette obsession constante de créer des structures sonores harmonieuses et hautement complexes que Ben Chatwin contorsionne la modernité pour repenser l’archaïque, dans un long silence disruptif.

