



Eimuria
Bank Myna
Combustion lente
Avant que tout ne s’oxyde, contemplons une dernière fois l’intensité frémissante de nos derniers brasiers.
Minimal Gaz(e)
Alors que des premières fumées s’échappait une subite et ocre distorsion, comme pour dépierrer le terrain qui s’étendra devant nous, le panache de guitare se tait et le voile se lève. Alors, une voix perce et trace son sillon fantomatique dans ce foyer incandescent. C’est celle de Maud Harribey, notre guide dans les cendres, celle par qui se catalyse tout l’espace-temps qui s’anime et souffle en rafales brûlantes autour de Bank Myna, entre les gestes suspendus de ses forgerons de la grandiose intimité. Insufflée de vie, Eimuria se remémore ses soeurs qui brûlèrent jadis dans ce foyer qui, bien que changé, reste aussi le même : la même glaise minimale et mystique subsiste, parcourue par les bourdonnements drone d’étranges vers des sables qui calcifient désormais les âmes dans des fracas minéraux qui, eux, innovent : Bank Myna, en ajoutant une couche « rock » à ses suspensions méditatives, fait en cela « foyer neuf ». En cela aussi, l’élevé artwork de Ramona Zordini aide à la métamorphose.
Jus d’Absolu
De respirations en calcinations, on suit un voyage à l'asymétrie passionnante. Tout au long du l’oxydation, le son devient presque solide, s’engouffrant souvent dans des cavités de presque-vide suspendues au creux de la beauté diaphane du chant, avant qu’il ne suive l’échine de guitares entêtantes qui, en crescendos souples, mènent à des vertiges explosifs : « The Shadowed Body » et ses mille-et-un drapés émotifs ainsi que « Burn All The Edges » et sa sorcellerie quasi doom, en témoignent. Les denses transes sont chaque fois commémorées, souvent garnies d’inquiétudes, d’une aura de rituel secret alourdie par bien des douleurs (« The Other Faceless Me », bien qu’étant le titre le plus retenu du disque, est d’une magnifique tension). Dans cet éclat fait d’intermittents déferlements cognitifs, une poésie humble et tangible vient alimenter la fournaise à venir.

Suie éthérée
L’heure du bûcher ne sera pas celle que l’on croit. Eimuria préfère contenir ses forces afin que l’immersion dans son pâle monde soit plus vivace et cinétique que rutilante et instantanée. « L’Implorante », bien que contenant une viscosité et une âpreté supplémentaires (avec un superbe dialogue batterie-guitares), n’offre pas d’ultime immolation. Retombant comme à son commencement dans une dévotion à la réflexivité empourprée, le morceau laisse décanter la lente combustion qu’il a amorcé 47 minutes plus tôt. Et c’est là son plus noble combustible : l’émotion, acquise avec une passion patiente, interprétée live avec une passion animée; cette émotion qui, elle, reste suspendue dans des hauteurs d’expressivité.
Dans les frictions de sa dévotion, Bank Myna a su brillamment lézarder son introspection musicale. Jouant sur des terres plus électriques et plus éclectiques, Eimuria s’évade dans une mer d'éther, et s’évapore en nous laissant un précieux don : un mantra de cendres.

