



Existentialismus
Abduction
Rance existence
En évidente inférence, j’élève la nécrose au rang de mythe. Plicaturé de la pensée, je me courbe entre des temporalités amollies, aux fades relents d’extinction. Tout m’est désormais indifférent, et si le futur continue d’arquer sa carcasse, c’est que même agonisant, lui ne peut pas tout à fait choir.
Sagacité d’esprit, autorité métronomique : Abduction réunit la matière à l’esprit de nos temps post-modernes, gravant sur nos tempes rien moins qu’une prouesse de genre. Dans ce grand blizzard nietzschéen paraît un paysage d’intenses vérités où vient se fracasser le plus libéré des Black Metal - rares sont les offrandes aussi attrayantes. Maladie des rêveurs, douleurs et frustrations d’être dans un monde immoral ou tristement insensé, puanteur des post-vérités,… bien des concepts pourraient s’arrimer à la plume abstraite et grandiose d’A|V, fondateur et chanteur hors-pair dont la capacité à emplir les morceaux génère une attraction permanente. Puisant dans une sorte de romantisme du chaos, Existentialismus colporte ses rumeurs de fléau, faisant de son fatalisme un dernier cri de rage, une ultime lutte acharnée.
« Oh what torture this affliction
To climb so far and never learn
Even vultures fall from vertigo »
Des dynamiques cassantes dégorgent de chaque trame, où les frontières entre la disharmonie punitive et le cantate impérieux se croisent souvent, et où un scream prodigieux assène ses litaniques cantiques. D’autre part, des chœurs majestueux, des cleans d’une tristesse éternelle et quelques légers spoken-words renforcent la diversité du logos ici mis à l’honneur. Les instrumentations se débattent quant à elles dans des inondations emplies d’impuissantes colères - les rendant d’autant plus belles et terribles (« A Legacy of Sores »). Quelques évasions moins véloces en affinent un peu le couroux (« Pyramidia Liberi » et ses magnifiques leads de guitares).

Ne renonçant jamais à l’épique pour mieux mener à l’épure stylistique qui le démarque définitivement de son début de carrière (alors bien plus poisseux et orthodoxe), Existentialismus infuse quelques véritables hymnes de noirceur (« Truth is as Sharp a Sword as Vengeance » et « Razors of Occam » en sont la parfaite iconisation, alliant la maestria fébrile d’épopées intemporelles à de véritables vociférations désespérantes, tant elles paraissent animées des derniers éclats d’esprits trop souffrants.) Certains pans plus traditionnels (le très énervé « Blau ist die Farbe de Ewigkeit ») n’enlèvent rien à la limpide unité cohésive de l’album qui, grace à une production superbe et un fascinant artwork, mènent Existentialismus aux confins de l’excellence.
« Of who we are
The fetid stench
Of vapid hearts
That will not learn
And don’t deserve »
Sous les torsions et les questions posées là sans réponses évidentes, laissant brûler les faux-semblants et les sagesses désaffectées, rejetant les mornes raisonnements rationalistes, Abduction se résigne dans sa superbe, avec un éclat de doux remords entre les dents. Tandis que croulent les déités phéniciennes (« Vomiting at Baalbek », stellaire sur ses 4 dernières minutes), on songe alors aux premiers songes. Passé et présent se lient une dernière fois, et puis le néant.
« As if all the struggle and toil of our fathers
Meant absolutely nothing »

